L'actualité littéraire de Solange Tellier

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Les opportunités se bousculent ce mois-ci et je suis heureuse de pouvoir retrouver ici ou là mes chers collègues auteurs et de nouveaux lecteurs. Le plaisir également de pouvoir discuter avec mes précédents lecteurs.

 

Salon de Dieppe

samedi 10 et dimanche 11 juin

http://www.dieppetourisme.com/a-laffiche/agenda/1243804-salon-du-livre-le-voyage-par-lecriture

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Maison de la presse

Montendre (17)

Jeudi 15 juin

de 9h à 13h

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Artistes au village

Bassac (16)

samedi 17 juin

***

Dédicace Maison de la presse

Matha (17)

Samedi 24 juin

de 9h à 13h

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Salon Ecrival

Le Blanc (Creuse)

dimanche 25 juin

avec la

Société des Auteurs du Poitou et des Charentes

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Je partage avec vous les notes de Claire Antoine qui m’avait reçue à Metz en janvier 2015. Une belle analyse littéraire qui me donne l’occasion de remercier à nouveau Claire pour son regard professionnel sur mon travail ainsi que toutes les personnes de l’association messine.

« Premier été » de Solange Tellier : quelques notes

19 janv. 2015

A l’occasion du Café littéraire APAC (Association Plumes à Connaître – ville de Metz-) consacré samedi 17 janvier à Solange TELLIER

Mes réflexions, mon parcours au fil de la lecture.

Ce que j’ai aimé dans le court roman, situé entre réel et imaginaire : les personnages, Quentin, Angélyne, un lieu/personnage la Charente en particulier Mourillac *  et son théâtre antique, et par petites touches disséminées, la Lorraine.

Le jeune Quentin a 27 ans il est  docteur en géographie depuis peu. Donc il écrit, décrit et parcourt la terre. Il n’est pas (encore ou peut-être ne le sera-t-il jamais) un géographe « aménageur » du territoire, au service des  politiques.

En décidant de prendre la route, vers l’océan, il entraîne son lecteur  dans une sorte de zoom, grâce à une série de rencontres  de plus en plus intimes, rapprochées, rencontres  avec des lieux et des êtres. Il va dépasser le scientifique, le savoir  dans le récit-là.  (Dans un retour aux sources de lui-même)

L’instance narrative  confirme son discours scientifique par ex p 27. Quentin le savait «  les particularités géologiques et climatiques sont déterminantes pour la structure de l’habitat. » La nature est première.

Le vocabulaire est précis et rappelle tous les dadas du géographe avec le plaisir que l’on peut ressentir à utiliser le mot juste pour le sol et le sous-sol : Les cuestas, les buttes témoins, etc. Une volonté de décrire finement.

Page 15, grâce à un  poème présenté, en note,  comme étant celui du « vrai » Quentin pointe l’idée d’un récit  autobiographique : Surmarqueur d’une  réalité  autobiographique mais aussi lien avec la deuxième partie intitulée 28 septembre.

Le prénom est important. C’est comme si la recherche en quelque sorte de la signification secrète de son nom justifiait son voyage et son arrivée dans le village de Saint Quentin

D’ailleurs la jeune Angélyne qu’il va rencontrer en arrivant en Charente, le deuxième personnage  a elle aussi un nom qui la dépasse, qui la relie à  un  lieu : Saint Jean d’Angély. A un lieu et à l’histoire : d’ailleurs elle va guider Quentin. Elle est incollable sur l’histoire de sa région.

Quentin est en route…La conscience de ce qu’il y a autour de lui se réveille, ses sensations refont surface .

Tous les déplacements ne sont pas profitables en qualité « d’être ». En  passant de son village, de l’enfance, des bois, à l’Université, à l’ âge adulte, il a été amputé de sa capacité à être.  Il a dû  oublier le plaisir de s’abandonner. Plaisir du « détachement »  des choses ? Se détacher de l’inutile, de l’encombrant.

Et c’est le rôle du voyage, qu’il va entreprendre que cette reconquête  de lui-même, sans abandonner pour autant son idéal de géographe contemporain,  d’homme du flux du déplacement…Il va en quelque sorte retrouver son propre flux vital.

Il franchit, dès le chapitre 2 les limites de son département.  Premier pont, première frontière Il est décrit comme « dépaysé » Un changement mental va tout de suite intervenir.  Il entame son chemin   personnel  de transformation vers la Charente. Il reprend les commandes de lui-même avec des gestes du quotidien, Il se douche, se purifie, sourit et chante. La luminosité, l’air vivifiant et apaisant, la présence d’hirondelles, de tourterelles lui font retrouver pureté, innocence.

[ Gül ILBAY lit un extrait du livre où Quentin  retrouve le goût simple du plaisir du goût, du toucher, de la vue. Une promenade au marché.]

Et… il rencontre Angélyne. celle qui va devenir son guide lui promet des paysages magnifiques et des « soirées magiques ».

… la tête de Quentin heurte la carosserie de la voiture dans laquelle ils étaient montés. Le choc !

Ce qui suit fait penser à La mare au diable  de George Sand, au moment où tous les repères disparaissent  (avec un mystérieux retour en arrière où sont  évoqués les Fades ) pour que les deux personnages puissent s’avouer leur attirance réciproque

Les correspondances, les connivences vont s’accumuler. (dans les pages 62 et suivantes),  et de multiples liens, des correspondances secrètes vont se faire jour entre les 2, personnages, entre la Charente et la Lorraine

–       Poétique, en résonance avec la Meuse de Péguy, fleuve nonchalant, un peu comme la Charente

–    C’est là que se situe la petite histoire humoristique du kiss me not (kitchenotte) la coiffe des jeunes charentaises, mise en garde,  dissuasive… « ne m’embrassez pas avec cette cornette »…Ici une correspondance entre la timidité de Quentin et son possible blocage psychologique et la jeune fille moins réservée, mais qui aurait,  elle à dépasser un blocage « culturel »… ? –

– En exergue une citation de Paul Eluard : «  Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » que l’on retrouve dans le texte à la page 43 introduite pas : Une phrase qu’il avait déjà entendue résonnait en lui … petite mise en abyme

Le RV prévu depuis toujours finalement, entre les deux héros, est aussi pointé du doigt par l’auteur malicieuse qui renvoie à la construction du livre.

– Correspondances aussi dans le vocabulaire des lieux , l’escargot lorrain, le schneck devenu pain aux raisins  et les mots avec des finales en « ac » du pays de la jeune fille qui équivalent à ceux  en « ange » chez Quentin (qui signifient l’ appartenance à un lieu ou à une personne) et aussi peut-être même peut-on rapprocher en les croisant…le ac du « Qu » de Quentin et l’ « ange » d’Angélyne

«  Le lien se tissait, son cœur était présent »

Et là, même le vocabulaire géo classificateur se charge de sens nouveaux.

Quentin joint le geste à la parole invite sa guide à imaginer son village loin, très loin, … » Je crois apercevoir ta maison : celle qui est recouverte d’ardoises …je la vois réellement « … derrière la ligne bleue des collines

Et c’est, au moment de cette reconnaissance par Angelyne, de la maison natale, que l’auteur va la décrire, que l’on va connaître son visage, vu par Quentin.  Emotion sensuelle.

Le chemin qu’ils empruntent va déboucher sur l’édifice,  sur le temple qui devient un lieu propice à l’exaltation dans une prose poétique en symbiose. La descente de Quentin vers le théâtre antique est lue par Geneviève Kormann

Une descente vertigineuse, dans un temps devenu élastique. Un raccourci, un passage temporel de bonheur intense, dans un refuge, avec une nature complice (un peu rousseauiste). Les lieux conduisant à une rêverie plénitude et sérénité. Prise de conscience paroxysmique de l’existence. Une jouissance née de l’effacement dans une nature protégée et profonde qui est son reflet.

Dans un deuxième temps, Angéline rejoindra Quentin et …tombera dans ses bras  pour de sensuels baisers.  Le silence les entoure dans cet instant suspendu. Ils évitent de parler de commenter ce qui leur arrive avec des mots  » de psy « …de peur de tout gâcher, de tout casser.  Est-ce qu’il a partagé son expérience ?

Il faut peut-être laisser une part d’ombre pour donner une chance aux sentiments d’exister ?

Le langage scientifique, la poésie et le silence.

Ils remonteront en se tenant par la taille.  Un retour très simple à la vie.

L’auteur et le lecteur les lui abandonnent

 

Je remercie Solange TELLIER de m’avoir permis de rédiger ces quelques notes. En suivant Quentin,  je n’ai pas vu le temps passer et j’y ai trouvé beaucoup de plaisir !

Claire Antoine (APAC Metz)

  • note de l’auteur à propos de Mourillac > Il s’agit de la ville de Rouillac, à l’anagramme presque parfait (hormis le M)

photos : théâtre des Bouchauds, Rouillac et ses maisons lovées contre l’église au curieux clocher roman octogonal, et Sainte Radégonde de Talmont qui vient en illustration de la nouvelle « 28 septembre » qui vient en point d’orgue de « Premier été ».


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photos S.Tellier

…..

Quelques mètres suffirent à les amener en surplomb d’un espace dégagé s’ouvrant sur un panorama à couper le souffle. Le jeune homme fut saisi par ce qu’il découvrait. Angélyne avait bien fait de prévenir ! Devant lui, ou plus exactement, en-dessous lui, une cuvette en demi-cercle parfait, épousait le versant de la colline pour descendre jusqu’à une plate-forme située en contrebas que sa guide désigna du nom latin d’orchestra. Quelques soubassements délimitaient des espaces rectangulaires. Sur leur droite des pans de murs se dressaient comme des tours en ruine évidées. L’ensemble ne formait plus un monument à proprement parler, mais les vestiges, par leur dimension, laissaient imaginer une construction imposante à l’époque de sa splendeur.

Devançant la remarque Angélyne répéta ce qu’elle avait déjà dit le matin :

— Ce théâtre était l’un des plus grands de la Gaule rurale.

A flanc de coteau, sur toute la surface pentue et herbeuse, le relief naturel remodelé par le travail des hommes avait permis d’installer la cavea où prenaient place les spectateurs. Les fouilles n’avaient pas permis de mettre à jour d’éléments en pierre, ce qui laissait supposer que le public s’asseyait sur des gradins en bois.

Quentin suivait les explications avec attention, absolument médusé par ce qu’il découvrait au fin fond de cette campagne charentaise. Il laissa son regard glisser jusqu’à la ligne de l’horizon, très loin, tout juste à hauteur des yeux. L’opinion du géographe fut sans appel : ce théâtre devait avant tout sa magnificence à son implantation remarquable.

Sur la vaste plaine, les maisons, les fermes regroupées en hameaux, en villages, piquaient de touches roses et blanches le quadrillage champêtre où les parcelles dorées alternaient avec d’autres déclinant le vert dans toutes ses variantes et que les haies contenaient dans une géométrie régulière. L’ultime limite, délicatement soulignée par le blanc des coteaux calcaires que sublimait le soleil, était par endroits plus relevée dessinant des pleins et des déliés bien marqués. Le ciel d’un bleu profond, aujourd’hui sans nuage, prenait sa part dans le tableau. De ce côté-ci, nulle écharpe de gaze ne baignait le paysage pour diffuser la lumière et noyer les contours qui restaient nets, parfaitement découpés. Cette brume océane, vapeur en suspens, eaux réchauffées reprenant leur cycle infini, n’était visible que sur le versant opposé de la colline, en direction de l’ouest, lorsque, quittant Mourillac, la vue se perd loin, là où la terre rejoint la mer, là où le soleil chaque soir disparaît à fleur de terre pour s’enfoncer dans les flots. Là-bas, si l’on en croit le propriétaire du moulin érigé sur un mamelon au milieu des vignes, on peut, la nuit venue, distinguer depuis la lucarne du grenier, les lueurs du phare veillant sur l’estuaire.

Premier été – p.59sélection prix de l'estuaire recadrée

Solange Tellier – Geste éditions-Tous droits réservés

ISBN 979-10-93644-00-4

 

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Deuxième prix de la nouvelle au concours d’Avioth (55) pour « Sur la corde raide »

Premier été > Sélection 2015 du Prix de l’Estuaire au salon du livre de Mortagne-sur-Gironde

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premier été 4ième de couv

Sur la corde raide > extrait

Fleur fait son apparition provoquant les applaudissements du public. Elle tend deux torches à son père. Avant que le public n’ait eu le temps de réaliser, voilà celui-ci qui en porte une première à sa bouche et les spectateurs ébahis voient la torche s’enflammer. Puis une deuxième, une troisième et la quatrième. Commence alors un ballet de feu. Les flammes passent d’une main à l’autre de plus en plus rapidement, de plus en plus haut. Sur le côté de la scène, Romero marque le rythme avec le tambour. Le ballet dure un long moment avant que les torches ne s’éteignent. Le lanceur de feu lance au plus haut la dernière encore enflammée, la rattrape et adresse au public un salut. Les applaudissements se font. Le public est conquis. La peur du Saltimbanque a laissé place à l’admiration pour l’artiste.
Romero entre en scène à son tour. Il s’apprête à présenter un premier numéro de dressage. Zorba, la guenon, va devoir  faire un premier tour de piste en exécutant une série de roulades avant et arrière. Elle se tient prête.
– Allez Zorba, en piste.
En quelques minutes la petite guenon s’est exécutée.
Elle va maintenant mettre en oeuvre ses talents d’équilibriste pour passer à saute-mouton sur ses compagnons à quatre pattes. Les trois caniches arrivent, se dandinant drôlement sur leurs pattes arrière. Ils se positionnent côte à côte, bien posés sur leurs quatre pattes. Ils arrondissent le dos et voilà Zorba partie pour une série de cabrioles. Elle saute, elle vole, elle roule. Le public rit. Les enfants sont aux anges. Romero invite à applaudir les petits animaux qu’il a si bien dressés. Il est fier de montrer ses talents aux enfants de son âge.
A son tour Fleur se présente pour un numéro de cerceaux. Un escabeau a été installé. C’est Zorba qui doit s’y jucher pour lancer les cerceaux à la jeune fille. Fleur est prête. Mais …. Mais où est Zorba ? … Elle se fait attendre.
-Zorba ?
Fleur appelle. Romero en fait autant. Mais de Zorba point ! Aussitôt le numéro d’animaux savants terminés, elle a pris la poudre d’escampette.
Il faut dire qu’il lui arrive parfois de faire quelques caprices.

Le spectacle ne peut s’arrêter pour autant. Romero prend donc place sur le perchoir. Il lance un premier cerceau qui vient s’enfiler dans la tête de sa sœur. Celle-ci par un gracieux mouvement met en route le cerceau qui commence à onduler autour de la taille. Romero lance un second qui vient rejoindre le premier pour une danse bien rythmée, puis un troisième. La cadence est donnée. Le numéro promet d’être bien mené lorsque soudain des cris parviennent jusqu’à l’assemblée :
-Au voleur ! au voleur !
La Germaine sur le pas de sa porte lève haut les bras en s’égosillant. Dans le public on se détourne, agacé tout d’abord par ce qui se présente comme un trouble-fête.
– Au voleur ! Mon linge a disparu ! Saltimbanques de malheur ! Voleurs de poules !
L’accusation est bien balancée. Fleur en oublie de faire tourner les cerceaux qui tombent à ses pieds. Marcello a fait quelques pas en avant. Le public ne sait plus quoi penser. Le geste autant que la parole sont implacables. Les voleurs sont désignés d’office. Le curé installé au dernier rang se lève et s’avance vers la femme en colère qui vient d’être rejointe par son époux. Celui-ci fait un même geste accusateur vers les prétendus coupables.
– Voyons, voyons, calmez-vous Germaine. Votre linge … votre linge aurait disparu ?
La Germaine, pourtant pas sortie de Saint-Cyr, a fort bien saisi l’allusion du conditionnel :
– Monsieur le curé, sauf votre respect, mon linge il n’aurait pas disparu, il a disparu. Volé, volatilisé.
Et la Germaine, voyant qu’elle commence à intéresser un peu plus le public, de crier encore plus fort.
– Voyons Germaine, que vous a-ton volé exactement ?
– Monsieur le curé, on m’a volé mes jupons, mes chemises et mes culottes de coton.
Si le curé fait quelque effort pour se retenir de rire, il n’en est pas de même pour les spectateurs :
– V’là qu’la Germaine va devoir se promener sans jupon.
– Et sans culotte aussi !
– Le Félix l’aura grand intérêt à la surveiller de près.
D’autres plaisanteries fusent encore, pas trop à l’avantage de la fermière qui n’est pas bien en odeur de sainteté dans le village. Son méchant caractère l’a souvent mise à mal avec les voisins, enfin, surtout avec les voisines. Il paraîtrait même qu’elle a déjà levé la main sur quelques gosses, de ceux qui aiment de temps à autre faire une taquinerie, comme frapper à la porte et se cacher ou encore accrocher une gamelle à la queue du chat.
Le garde-champêtre est à son tour sorti des rangs. En homme de paix qui se respecte il essaie de calmer le jeu  :
-Voyons Germaine … peut-être le vent aura-t-il soulevé le jupon et déposé celui-ci un peu plus loin. Les jupons ils aiment  le vent, c’est bien connu, ajoute-t-il avec un clin d’œil dans la direction du curé qui a bien saisi l’allusion et sourit en coin.

©juillet2015. Solange Tellier. Tous droits réservés


Bientôt 25 000 connexions sur ce site, et toujours le plaisir de découvrir de nouvelles provenances. Et dans les coulisses, parfois je vous devine … pas si anonymes que cela.


Saison 2015 sur le site des Bouchauds c’est parti !  avec la fête de printemps sur le site.

Quelques mètres suffirent à les amener en surplomb d’un espace dégagé s’ouvrant sur un panorama à couper le souffle. Le jeune homme fut saisi par ce qu’il découvrait. Angélyne avait bien fait de prévenir ! Devant lui, ou plus exactement, en-dessous lui, une cuvette en demi-cercle parfait, épousait le versant de la colline pour descendre jusqu’à une plate-forme située en contrebas que sa guide désigna du nom latin d’orchestra. Quelques soubassements délimitaient des espaces rectangulaires. Sur leur droite des pans de murs se dressaient comme des tours en ruine évidées. L’ensemble ne formait plus un monument à proprement parler, mais les vestiges, par leur dimension, laissaient imaginer une construction imposante à l’époque de sa splendeur.
Devançant la remarque Angélyne répéta ce qu’elle avait déjà dit le matin :
— Ce théâtre était l’un des plus grands de la Gaule rurale.

A flanc de coteau, sur toute la surface pentue et herbeuse, le relief naturel remodelé par le travail des hommes avait permis d’installer la cavea où prenaient place les spectateurs. Les fouilles n’avaient pas permis de mettre à jour d’éléments en pierre, ce qui laissait supposer que le public s’asseyait sur des gradins en bois.
Quentin suivait les explications avec attention, absolument médusé par ce qu’il découvrait au fin fond de cette campagne charentaise. Il laissa son regard glisser jusqu’à la ligne de l’horizon, très loin, tout juste à hauteur des yeux. L’opinion du géographe fut sans appel : ce théâtre devait avant tout sa magnificence à son implantation remarquable.
Sur la vaste plaine, les maisons, les fermes regroupées en hameaux, en villages, piquaient de touches roses et blanches le quadrillage champêtre où les parcelles dorées alternaient avec d’autres déclinant le vert dans toutes ses variantes et que les haies contenaient dans une géométrie régulière. L’ultime limite, délicatement soulignée par le blanc des coteaux calcaires que sublimait le soleil, était par endroits plus relevée dessinant des pleins et des déliés bien marqués. Le ciel d’un bleu profond, aujourd’hui sans nuage, prenait sa part dans le tableau. De ce côté-ci, nulle écharpe de gaze ne baignait le paysage pour diffuser la lumière et noyer les contours qui restaient nets, parfaitement découpés. Cette brume océane, vapeur en suspens, eaux réchauffées reprenant leur cycle infini, n’était visible que sur le versant opposé de la colline, en direction de l’ouest, lorsque, quittant Mourillac, la vue se perd loin, là où la terre rejoint la mer, là où le soleil chaque soir disparaît à fleur de terre pour s’enfoncer dans les flots. Là-bas, si l’on en croit le propriétaire du moulin érigé sur un mamelon au milieu des vignes, on peut, la nuit venue, distinguer depuis la lucarne du grenier, les lueurs du phare veillant sur l’estuaire.

Les détails topographiques n’échappaient pas à l’œil expert de Quentin. Il détermina avec précision les points cardinaux. Le théâtre était orienté plein Nord. Le chemin débouchait latéralement sur l’édifice, c’était donc très exactement le nord-est qu’ils avaient en face d’eux.

― Je suis arrivé par là, indiqua-t-il. Et, joignant le geste à la parole, il pointa du doigt un repère invisible invitant sa guide à imaginer son village, loin, très loin, derrière la ligne bleue des collines.

 DSC00022p.58-59 – Premier été

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