L'actualité littéraire de Solange Tellier

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Quelques mètres suffirent à les amener en surplomb d’un espace dégagé s’ouvrant sur un panorama à couper le souffle. Le jeune homme fut saisi par ce qu’il découvrait. Angélyne avait bien fait de prévenir ! Devant lui, ou plus exactement, en-dessous lui, une cuvette en demi-cercle parfait, épousait le versant de la colline pour descendre jusqu’à une plate-forme située en contrebas que sa guide désigna du nom latin d’orchestra. Quelques soubassements délimitaient des espaces rectangulaires. Sur leur droite des pans de murs se dressaient comme des tours en ruine évidées. L’ensemble ne formait plus un monument à proprement parler, mais les vestiges, par leur dimension, laissaient imaginer une construction imposante à l’époque de sa splendeur.

Devançant la remarque Angélyne répéta ce qu’elle avait déjà dit le matin :

— Ce théâtre était l’un des plus grands de la Gaule rurale.

A flanc de coteau, sur toute la surface pentue et herbeuse, le relief naturel remodelé par le travail des hommes avait permis d’installer la cavea où prenaient place les spectateurs. Les fouilles n’avaient pas permis de mettre à jour d’éléments en pierre, ce qui laissait supposer que le public s’asseyait sur des gradins en bois.

Quentin suivait les explications avec attention, absolument médusé par ce qu’il découvrait au fin fond de cette campagne charentaise. Il laissa son regard glisser jusqu’à la ligne de l’horizon, très loin, tout juste à hauteur des yeux. L’opinion du géographe fut sans appel : ce théâtre devait avant tout sa magnificence à son implantation remarquable.

Sur la vaste plaine, les maisons, les fermes regroupées en hameaux, en villages, piquaient de touches roses et blanches le quadrillage champêtre où les parcelles dorées alternaient avec d’autres déclinant le vert dans toutes ses variantes et que les haies contenaient dans une géométrie régulière. L’ultime limite, délicatement soulignée par le blanc des coteaux calcaires que sublimait le soleil, était par endroits plus relevée dessinant des pleins et des déliés bien marqués. Le ciel d’un bleu profond, aujourd’hui sans nuage, prenait sa part dans le tableau. De ce côté-ci, nulle écharpe de gaze ne baignait le paysage pour diffuser la lumière et noyer les contours qui restaient nets, parfaitement découpés. Cette brume océane, vapeur en suspens, eaux réchauffées reprenant leur cycle infini, n’était visible que sur le versant opposé de la colline, en direction de l’ouest, lorsque, quittant Mourillac, la vue se perd loin, là où la terre rejoint la mer, là où le soleil chaque soir disparaît à fleur de terre pour s’enfoncer dans les flots. Là-bas, si l’on en croit le propriétaire du moulin érigé sur un mamelon au milieu des vignes, on peut, la nuit venue, distinguer depuis la lucarne du grenier, les lueurs du phare veillant sur l’estuaire.

Premier été – p.59sélection prix de l'estuaire recadrée

Solange Tellier – Geste éditions-Tous droits réservés

ISBN 979-10-93644-00-4

 

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Deuxième prix de la nouvelle au concours d’Avioth (55) pour « Sur la corde raide »

Premier été > Sélection 2015 du Prix de l’Estuaire au salon du livre de Mortagne-sur-Gironde

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Sur la corde raide > extrait

Fleur fait son apparition provoquant les applaudissements du public. Elle tend deux torches à son père. Avant que le public n’ait eu le temps de réaliser, voilà celui-ci qui en porte une première à sa bouche et les spectateurs ébahis voient la torche s’enflammer. Puis une deuxième, une troisième et la quatrième. Commence alors un ballet de feu. Les flammes passent d’une main à l’autre de plus en plus rapidement, de plus en plus haut. Sur le côté de la scène, Romero marque le rythme avec le tambour. Le ballet dure un long moment avant que les torches ne s’éteignent. Le lanceur de feu lance au plus haut la dernière encore enflammée, la rattrape et adresse au public un salut. Les applaudissements se font. Le public est conquis. La peur du Saltimbanque a laissé place à l’admiration pour l’artiste.
Romero entre en scène à son tour. Il s’apprête à présenter un premier numéro de dressage. Zorba, la guenon, va devoir  faire un premier tour de piste en exécutant une série de roulades avant et arrière. Elle se tient prête.
– Allez Zorba, en piste.
En quelques minutes la petite guenon s’est exécutée.
Elle va maintenant mettre en oeuvre ses talents d’équilibriste pour passer à saute-mouton sur ses compagnons à quatre pattes. Les trois caniches arrivent, se dandinant drôlement sur leurs pattes arrière. Ils se positionnent côte à côte, bien posés sur leurs quatre pattes. Ils arrondissent le dos et voilà Zorba partie pour une série de cabrioles. Elle saute, elle vole, elle roule. Le public rit. Les enfants sont aux anges. Romero invite à applaudir les petits animaux qu’il a si bien dressés. Il est fier de montrer ses talents aux enfants de son âge.
A son tour Fleur se présente pour un numéro de cerceaux. Un escabeau a été installé. C’est Zorba qui doit s’y jucher pour lancer les cerceaux à la jeune fille. Fleur est prête. Mais …. Mais où est Zorba ? … Elle se fait attendre.
-Zorba ?
Fleur appelle. Romero en fait autant. Mais de Zorba point ! Aussitôt le numéro d’animaux savants terminés, elle a pris la poudre d’escampette.
Il faut dire qu’il lui arrive parfois de faire quelques caprices.

Le spectacle ne peut s’arrêter pour autant. Romero prend donc place sur le perchoir. Il lance un premier cerceau qui vient s’enfiler dans la tête de sa sœur. Celle-ci par un gracieux mouvement met en route le cerceau qui commence à onduler autour de la taille. Romero lance un second qui vient rejoindre le premier pour une danse bien rythmée, puis un troisième. La cadence est donnée. Le numéro promet d’être bien mené lorsque soudain des cris parviennent jusqu’à l’assemblée :
-Au voleur ! au voleur !
La Germaine sur le pas de sa porte lève haut les bras en s’égosillant. Dans le public on se détourne, agacé tout d’abord par ce qui se présente comme un trouble-fête.
– Au voleur ! Mon linge a disparu ! Saltimbanques de malheur ! Voleurs de poules !
L’accusation est bien balancée. Fleur en oublie de faire tourner les cerceaux qui tombent à ses pieds. Marcello a fait quelques pas en avant. Le public ne sait plus quoi penser. Le geste autant que la parole sont implacables. Les voleurs sont désignés d’office. Le curé installé au dernier rang se lève et s’avance vers la femme en colère qui vient d’être rejointe par son époux. Celui-ci fait un même geste accusateur vers les prétendus coupables.
– Voyons, voyons, calmez-vous Germaine. Votre linge … votre linge aurait disparu ?
La Germaine, pourtant pas sortie de Saint-Cyr, a fort bien saisi l’allusion du conditionnel :
– Monsieur le curé, sauf votre respect, mon linge il n’aurait pas disparu, il a disparu. Volé, volatilisé.
Et la Germaine, voyant qu’elle commence à intéresser un peu plus le public, de crier encore plus fort.
– Voyons Germaine, que vous a-ton volé exactement ?
– Monsieur le curé, on m’a volé mes jupons, mes chemises et mes culottes de coton.
Si le curé fait quelque effort pour se retenir de rire, il n’en est pas de même pour les spectateurs :
– V’là qu’la Germaine va devoir se promener sans jupon.
– Et sans culotte aussi !
– Le Félix l’aura grand intérêt à la surveiller de près.
D’autres plaisanteries fusent encore, pas trop à l’avantage de la fermière qui n’est pas bien en odeur de sainteté dans le village. Son méchant caractère l’a souvent mise à mal avec les voisins, enfin, surtout avec les voisines. Il paraîtrait même qu’elle a déjà levé la main sur quelques gosses, de ceux qui aiment de temps à autre faire une taquinerie, comme frapper à la porte et se cacher ou encore accrocher une gamelle à la queue du chat.
Le garde-champêtre est à son tour sorti des rangs. En homme de paix qui se respecte il essaie de calmer le jeu  :
-Voyons Germaine … peut-être le vent aura-t-il soulevé le jupon et déposé celui-ci un peu plus loin. Les jupons ils aiment  le vent, c’est bien connu, ajoute-t-il avec un clin d’œil dans la direction du curé qui a bien saisi l’allusion et sourit en coin.

©juillet2015. Solange Tellier. Tous droits réservés


Bientôt 25 000 connexions sur ce site, et toujours le plaisir de découvrir de nouvelles provenances. Et dans les coulisses, parfois je vous devine … pas si anonymes que cela.


Saison 2015 sur le site des Bouchauds c’est parti !  avec la fête de printemps sur le site.

Quelques mètres suffirent à les amener en surplomb d’un espace dégagé s’ouvrant sur un panorama à couper le souffle. Le jeune homme fut saisi par ce qu’il découvrait. Angélyne avait bien fait de prévenir ! Devant lui, ou plus exactement, en-dessous lui, une cuvette en demi-cercle parfait, épousait le versant de la colline pour descendre jusqu’à une plate-forme située en contrebas que sa guide désigna du nom latin d’orchestra. Quelques soubassements délimitaient des espaces rectangulaires. Sur leur droite des pans de murs se dressaient comme des tours en ruine évidées. L’ensemble ne formait plus un monument à proprement parler, mais les vestiges, par leur dimension, laissaient imaginer une construction imposante à l’époque de sa splendeur.
Devançant la remarque Angélyne répéta ce qu’elle avait déjà dit le matin :
— Ce théâtre était l’un des plus grands de la Gaule rurale.

A flanc de coteau, sur toute la surface pentue et herbeuse, le relief naturel remodelé par le travail des hommes avait permis d’installer la cavea où prenaient place les spectateurs. Les fouilles n’avaient pas permis de mettre à jour d’éléments en pierre, ce qui laissait supposer que le public s’asseyait sur des gradins en bois.
Quentin suivait les explications avec attention, absolument médusé par ce qu’il découvrait au fin fond de cette campagne charentaise. Il laissa son regard glisser jusqu’à la ligne de l’horizon, très loin, tout juste à hauteur des yeux. L’opinion du géographe fut sans appel : ce théâtre devait avant tout sa magnificence à son implantation remarquable.
Sur la vaste plaine, les maisons, les fermes regroupées en hameaux, en villages, piquaient de touches roses et blanches le quadrillage champêtre où les parcelles dorées alternaient avec d’autres déclinant le vert dans toutes ses variantes et que les haies contenaient dans une géométrie régulière. L’ultime limite, délicatement soulignée par le blanc des coteaux calcaires que sublimait le soleil, était par endroits plus relevée dessinant des pleins et des déliés bien marqués. Le ciel d’un bleu profond, aujourd’hui sans nuage, prenait sa part dans le tableau. De ce côté-ci, nulle écharpe de gaze ne baignait le paysage pour diffuser la lumière et noyer les contours qui restaient nets, parfaitement découpés. Cette brume océane, vapeur en suspens, eaux réchauffées reprenant leur cycle infini, n’était visible que sur le versant opposé de la colline, en direction de l’ouest, lorsque, quittant Mourillac, la vue se perd loin, là où la terre rejoint la mer, là où le soleil chaque soir disparaît à fleur de terre pour s’enfoncer dans les flots. Là-bas, si l’on en croit le propriétaire du moulin érigé sur un mamelon au milieu des vignes, on peut, la nuit venue, distinguer depuis la lucarne du grenier, les lueurs du phare veillant sur l’estuaire.

Les détails topographiques n’échappaient pas à l’œil expert de Quentin. Il détermina avec précision les points cardinaux. Le théâtre était orienté plein Nord. Le chemin débouchait latéralement sur l’édifice, c’était donc très exactement le nord-est qu’ils avaient en face d’eux.

― Je suis arrivé par là, indiqua-t-il. Et, joignant le geste à la parole, il pointa du doigt un repère invisible invitant sa guide à imaginer son village, loin, très loin, derrière la ligne bleue des collines.

 DSC00022p.58-59 – Premier été

Prochains salons : lien


Jeudi 17 juillet

de 10h à 18h

Ferme des Bouchauds

16 –  Saint-Cybardeaux

Fête Gallo-romaine

Dédicace de Premier été

dont la toile de fond est le magnifique théâtre des Bouchauds

 lors de la journée sur le thème gallo-romain 

(visite du théâtre et du centre d’interprétation, jeux, initiation tir à l’arbalète et frappe de monnaie, artisans, …)

Bouchauds scan 001

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