L'actualité littéraire de Solange Tellier

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Le soleil inondait la plaine. Le tintement des sonnailles se rapprochait, éparpillant dans la lumière du jour naissant, une brassée de notes joyeuses. Disparates, elles formaient pourtant un ensemble qui réussissait, par une curieuse magie, à se faire harmonieux. Une grave par ci, une plus haute par là, une métallique soudain, une plus sourde aussitôt, accords mineurs, accords majeurs, la musique avançait au rythme de cette mer d’écume blanche dont le flux était ponctué de bêlements aussi subits qu’impérieux parfaitement discordants. A l’avant, le berger, chef d’orchestre sans exigence, ne semblait nullement préoccupé par ce carnaval cacophonique. Il marchait, tête baissée et retenait par son allure lente et régulière, l’avancée de la vague turbulente. Ses yeux, protégés par la visière de la casquette, semblaient plongés dans ces pensées matinales qui donnent aux gens généreux la sérénité, seule richesse utile à une journée heureuse. L’homme, tranquille, respirait le calme et la paix. Il guidait ses pas avec un bâton façonné dans une branche de châtaigner, accessoire utile à ses jambes qui avaient dû arpenter chaque parcelle des coteaux caillouteux du causse. Le berger s’en servait aussi pour découvrir dans un repli de terre la timide violette, repérer sous la feuille le petit cyclopode endormi, ou bien taquiner sous l’éclatante cardabelle au redoutable feuillage l’inoffensive éphippigère. Il permettait de dévoiler aux yeux de ceux qui prenaient parfois plaisir à l’accompagner, les secrets de la terre et du ciel. Il lui était également arrivé de l’utiliser pour détourner, un jour que le soleil chauffait à blanc le calcaire du Causse, la vipère téméraire sortie de son abri de pierres chaudes et qui, audacieusement, tenait tête au troupeau sur le milieu du sentier. Son bâton restait avant tout l’outil indispensable pour donner au chien vaillant et laborieux, l’ordre muet mais précis, nécessaire à la bonne marche du troupeau.

L’ensemble bruyant arrivait maintenant à hauteur d’un menhir. Pierre tombée du ciel, avaient longtemps pensé, les hommes qui s’étaient succédé à cet endroit, travaillant la terre reçue par un héritage se perpétuant depuis la nuit des temps. Ignorants des pratiques de leurs lointains ancêtres, ils s’en étaient remis à des suppositions d’ordre surnaturel ou divin d’autant plus vraisemblables à leur point de vue, que l’édifice présentait une particularité fort troublante. Sur sa partie supérieure, des fissures naturellement disposées figuraient des yeux, un nez et une large bouche. Les hommes qui l’avaient élevé ici des milliers d’années auparavant, avaient probablement eux-aussi remarqué cette singularité distinguant le monolithe des autres pierres. Sans doute pour cette raison avaient-ils choisi de l’utiliser comme totem ou figure emblématique.
La pierre dressée avait alors nourri pendant de longues années, de profondes croyances, de celles qui posaient en même temps, la nature et le surnaturel en trame de fond pour instituer des rites que les générations suivantes avaient fini par oublier. Des théories, plus pertinentes aux yeux des hommes passant d’homo sapiens à homo sapiens sapiens, s’étaient imposées, accompagnant en toute logique, l’évolution de l’espèce et son éveil intellectuel. Si les pratiques avaient disparu, la mémoire collective avait conservé, imprégnées dans son inconscient, certaines des valeurs venues du fond des âges. Le caractère sacré du roc avait traversé les turbulences de l’histoire. Les hommes, au fil des siècles, avaient reconnu en lui un passeur, passeur du temps et de mémoire, ce qui l’avait protégé de tout acte destructeur. Et le géant de pierre avait continué à inspirer le respect tout en veillant sur la paix du plateau et sur les brebis, saluant à la belle saison les randonneurs de passage.

Fleurs d’étoiles – ISBN 978-2-9543089-0-6

photos – Tous droits réservés – ces photos sont incluses dans l’ouvrage avec d’autres sur deux pages albums.

Dans l’ouvrage également tableaux (2)et poésies (4) de l’auteur

Ouvrage en vente à :

Presse de Florac  –  Maison de la presse de Meyrueis

et sur ce site par le biais de l’onglet contact

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©photo Solange Tellier. Tous droits réservés

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année 2013 – septembre

– interview à 13 minutes 50 du début –

Christian,

Berger des brebis et des oiseaux, des fleurs, des étoiles …

Tes yeux couleur de ciel, ton amour universel

Font de toi un homme à nul autre pareil.


La magazine du Conseil Général de la Lozère du mois de juin rend hommage à Fleurs d’étoiles : une belle reconnaissance à la fois pour mon ouvrage, pour Christian et pour le Causse Méjean tout entier.

http://lozere.fr/actualites/1371541272-fleurs-detoiles-rend-hommage-au-causse-mejean.html

Pour ceux d’entre-vous qui découvrez ce site vous pourrez en savoir davantage sur Fleurs d’étoiles en cliquant sur la catégorie articles concernant l’ouvrage (marge droite) et aussi en vous rendant sur la page biographie et ouvrages.

A découvrir les premières pages de l’ouvrage :

chapitre 1 :  Sur le Causse

            La journée tire à sa fin. Le soleil qui a laissé traîner ses rayons plus longtemps sur les versants et sur le plateau, laisse espérer qu’avril, maintenant bien entamé, tournera bien vite au calendrier la page de l’hiver.

            Sous le ciel brunissant qui commence à se piquer d’étoiles, le Causse offre ses douces ondulations à la lune, toute en rondeur, qui vient d’escalader la colline et prend lentement, comme un phare, sa place au-dessus de cette île qui depuis longtemps ne connaît plus le bruit de l’océan. Après avoir pendant des siècles recouvert l’endroit de ses eaux, celui-ci a laissé les traces de son passage dans les profondeurs de la roche formant aujourd’hui le sol steppique du plateau. Quand il s’est retiré, les poissons sont devenus pierres, imprimant pour l’éternité leurs lignes de vie, arêtes ou écailles. Les coquillages aussi se sont figés et leur âge, inscrit dans les cercles immuables, n’a plus aujourd’hui d’importance que pour les spécialistes traquant dans les strates accumulées les témoignages muets de ces ères antédiluviennes. Sur l’île oubliée des flots, le vent continue pourtant d’agiter des vagues silencieuses. Vagues de stipes sauvages qui ondulent en épousant le relief, déployant à l’envi leurs graciles plumets scintillants et soyeux. Ce sont aussi selon la saison, des vagues vertes, des vagues blondes, vagues de blé qui pour se préserver du vent s’abrite au fond des dolines, ces petites plages circulaires ponctuant le plateau et résultant de son effondrement. L’herbe quant à elle, pour échapper à ses ardeurs, s’est faite rase laissant le minéral s’imposer et donner à la terre l’allure d’un vaste champ de pierres. Elle ne laisse pas pour autant sa place et se décline dans des variétés insoupçonnables que le commun des mortels est bien trop souvent tenté de qualifier de mauvaises. A tort, car sur cette terre rude, aucune espèce, autant végétale qu’animale ne saurait être inutile, toutes ayant, dans la chaîne de la vie et dans l’équilibre de l’écosystème, leur place unique et indispensable.

        …

         La lune a quitté son habit de lumière dorée et s’est vêtue de transparence. Elle semble avoir suspendu sa course pour se faire, gardienne bienveillante de cette mer de la Tranquillité déserte et silencieuse. La quiétude pourtant cède sa place. Des voix s’élèvent, l’une après l’autre. Depuis le sol où elles prennent leur inspiration, elles montent et glissent, d’abord timides, le long des talus, s’immiscent entre les taillis, puis s’enhardissent et s’accrochent aux pierres sorties des entrailles de la terre. Elles se cherchent, s’accordent, se répondent. Peu à peu le concert prend forme. Ici. Là. Plus haut. Plus bas. Mais où donc se cachent les musiciens ? Où donc se trouve le piédestal sur lequel le chef d’orchestre a pris place? Est-il perché tout là-haut sur la colline ? Est-il installé sur un de ces clapas, ces pierres que les hommes ont sorties de la terre et rassemblées en tas pour rendre les champs plus faciles à cultiver ? Si le récital semble à la fois improvisé et sans cohésion spatiale, il n’en est pas moins une mélodie aux accords parfaits, synchronisés, au tempo syncopé comme réglé par un métronome. Le chœur peu à peu se met en place tel un orchestre symphonique dans une fosse d’opéra et la mélodie se joue en simultané sur les deux versants de la colline. Aucun doute possible sur l’identité des interprètes : les œdicnèmes sont de retour. Leurs chants flûtés emplissent l’éther de leurs notes brèves et saccadées dans un écho ininterrompu déjouant même l’oreille la plus habituée, qui jamais ne parvient à localiser ces petits fantômes bavards tapis sur le sol caillouteux de la steppe. Les concertistes sont néanmoins loin d’être au complet. Il faudra attendre encore quelques jours pour cela.

           Plus près du village, une autre note s’impose à son tour, monocorde, grinçante comme la plainte d’une poulie mal graissée. Qui donc à cette heure s’active encore ? Depuis un promontoire discret, le petit-duc, solitaire, s’est à son tour décidé. Sa note, unique, se répète inlassablement. Elle s’intercale, bien cadencée, entre celles des musiciens fantômes. C’est le hasard ici qui se fait chef d’orchestre, car l’oiseau esseulé n’en a probablement que faire des appels à l’amour de ceux que l’on nomme ailleurs courlis de terre. Mais cela dure, chacun cherchant sa place dans ce prélude printanier où la survie de l’espèce dépend de l’énergie mise en œuvre pour s’imposer. Sans instrument, avec le seul avantage de leurs petites gorges, les oiseaux font de l’art musical le catalyseur de leurs amours en même temps qu’ils offrent au monde animal un peu de fraîcheur et de légèreté, donnant en prime du plaisir à celui que l’on dit le plus évolué de l’espèce, à savoir l’homme.

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chapitre 2 : Christian

       La soirée est fraîche. Le village peu à peu se laisse envelopper par l’obscurité. Accrochées à la toile céleste qui a pris sa teinte nocturne, les astres scintillent maintenant par milliers. Leur lumière vacille et tremble sous le froid encore vif. Petites lueurs en goguette, petites étoiles s’inventant des danses pour se réchauffer. Ne dit-on pas qu’elles chantent aussi ? Alors, lorsque curieux ou amoureux, les terriens parcourent le ciel des yeux, à la recherche d’un chemin, d’une réponse, à la recherche d’une évasion fugace et infinie en même temps, ils sont pris par la magie d’un ballet dont la musique silencieuse s’impose parfois jusqu’à toucher leur cœur. Il en est des trésors du ciel comme de ceux de la terre. Pour les découvrir il suffit de savoir regarder, de savoir écouter et se laisser aller.

         Une de ces lanternes célestes se distingue nettement des autres. Plus proche, plus posée, distillant sa lumière claire et limpide, se moquant de l’agitation de ses sœurs plus lointaines. On la croirait immobile. Elle est la première à se montrer quand le soir laisse tomber son voile et parfois la dernière à disparaître quand le matin a déjà fait pâlir une à une, toutes les ballerines nocturnes. Une particularité qu’elle doit à l’inclinaison de son orbite par rapport au soleil. C’est ce qu’expliquent les spécialistes.

          Vénus, étoile du soir. Vénus, étoile du matin.

         Christian la connaît bien. Vénus est un peu son étoile, et sans conteste, sa préférée. Il sait bien, lui qui connaît tous les secrets des oiseaux, des fleurs, de la Terre et des astres, qu’elle n’a d’étoile que le nom. Mais, lorsque ses amis insistent pour la désigner comme l’étoile du berger considérant sans doute que cette planète pouvait lui appartenir à part entière, alors il dit comme eux, par complaisance, peut-être aussi avec un petit brin de fierté que personne ne songerait à lui reprocher. Vénus est celle qui se lève pour saluer son retour de la montagne. Elle est celle qui l’accueille encore le matin, quand il descend à la bergerie. Alors, le berger se surprend parfois à penser que la planète-étoile veille sur lui comme aurait pu le faire l’épouse discrète et attentive qu’il n’a jamais eue.

         Christian n’est pas le premier pâtre à manifester pour elle autant d’affection. C’est une histoire de fidélité se transmettant de génération en génération de bergers, une histoire de lien existant depuis la nuit des temps, les étoiles étant pour ces hommes épris de leur troupeau et de tout ce qui fait la Terre, les seules compagnes du soir et de la nuit, et Vénus en maîtresse de ballet, la plus désirable de toutes.

          Ce soir, Vénus est bien présente. Elle accompagne la lune dans sa course, suspendue à elle par un fil invisible. Petite pièce inférieure d’un mobile à deux pièces, elle met tout son courage pour briller avec le même enthousiasme que sa demi-sœur. Elle n’a pas l’intention d’être laissée pour compte !

        Pour le berger, la journée de labeur est terminée. Le troupeau est à l’abri dans la bergerie installée en contrebas du village. Cette grande bâtisse de facture récente a remplacé les bâtiments aux voûtes de pierres, trop vétustes avec le développement du troupeau. Les bêtes y sont plus à l’aise. Avec sa grange attenante permettant une distribution aisée de la nourriture, le travail y est aussi facilité. Le berger a loué cette évolution, et éprouve de la reconnaissance envers ses patrons qui, malgré leur âge avancé, ont su maintenir le troupeau en s’adaptant au progrès. Si Christian n’est pas propriétaire du troupeau, il a la toute confiance de ceux qui lui ont alloué la marche de leur exploitation quand il est revenu, bousillé, au pays. Alors moralement, le troupeau est sien et il en prend soin, passionnément.

         De son pas tranquille et mesuré il gravit maintenant la ruelle pentue. La montée vers le logis est le moment pour lui de se fondre dans la nuit, d’y puiser sa fraîcheur pour s’emplir de calme et de sérénité. Tout en contemplant la coupole céleste il reste attentif aux derniers bruissements provenant de la bergerie.

       Après l’agitation générale précédant la distribution de foin, le repas qui rassasie les ventres calme aussi les ardeurs. Les bêtes s’apaisent, peu à peu, se préparant pour une nuit de sommeil. On n’entend plus que de rares bêlements ponctués de temps à autre, par le tintement d’une clarine accompagnant le mouvement d’une brebis cherchant sa place parmi ses congénères déjà couchées. Le berger reconnaît la note émise, devine quelle bête s’agite encore, et de son oreille habituée, surveille les derniers remous du troupeau.

         Son chien l’accompagne sur le chemin, calant son allure sur celle de son maître. Il sait lui aussi que sa journée est terminée. Une fois repu d’une écuelle de soupe épaissie de pain, il ira retrouver la paille fraîche de sa niche sous l’escalier de la maison. Il n’en demande pas davantage.

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Fleurs d’étoiles-©octobre 2012- Solange Tellier – Tous droits réservés-
141 pages – photos et illustrations de l’auteur- 4 poèsies – couverture d’Ansatu Schlumberger- 2ième tirage mai 2013 : ISBN 978-2-9543089-0-6

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Pour la Lozère, l’ouvrage est actuellement en vente à la Maison de la Presse Bonnal à Florac ainsi qu’à la librairie Rallier de Meyrueis.


Un très bel article de Sabine Bernède publié dans la Dépêche – Publié le 04/10/2009

Sur la carte Michelin, on ne voit que du blanc. Le causse Méjean, en Lozère, est un désert de pierres. Un plateau aride, pelé, suspendu dans le ciel. Depuis les gorges du Tarn ou de la Jonte, on y accède par une petite route hérissée de barrières en bois.

Là-haut, des collines qui moutonnent à perte de vue. L’herbe est rase. « Celui qui ne voit rien ne sait pas regarder », avertit Christian Avesque, désignant, à ses pieds, une petite fleur rose de saponaire. Ajoutant : « Ici, les renards sont mes grands amis ».

Christian Avesque, 71 ans, est le dernier berger salarié du causse Méjean. Barbe fleurie, allure de patriarche. Solide comme un roc. Il garde ses moutons, et ce paysage minéral qui est d’une beauté stupéfiante, l’un des plus beaux paysages de France. Son royaume. « Je suis né ici. J’ai toujours voulu y rester », dit-il.
«Le calme m’a sauvé»

Jeune, poussé par son père, Christian Avesque est tout de même allé «à la ville» passer le certificat d’études et un CAP de mécanicien. L’armée l’a mobilisé pour la guerre d’Algérie : « Là-bas, j’ai vu des horreurs. Au retour, j’ai eu besoin de solitude. Le grand calme du causse m’a sauvé ».

Chaque matin, il prend un casse-croûte et pousse son troupeau sur le causse : « Je suis le seul à partir encore avec mes bêtes ». Ses moutons, ils sont au nombre de 205 ; il les connaît tous et les appelle par leur nom. Yamaha, la brebis plus âgée, vient d’être vendue. Blanchette, Noiraude, Métisse, Violette sont là. « J’ai eu jusqu’à 960 moutons. Mais la patronne me demande de diminuer le cheptel ».

Sa patronne, c’est Marie-Thérèse Rouvelet, 88 ans. Depuis un demi-siècle, elle emploie le berger, le loge et le nourrit. Bientôt, Christian Avesque disposera d’une petite maison indépendante dans le hameau de Nivoliers, qui dépend de la commune de Hures-La-Parade. Nivoliers, 10 âmes l’hiver. Un épicier, un boulanger et un boucher passent une fois par semaine pour ravitailler le hameau. Ce mercredi 30 septembre, Christian Avesque a laissé son troupeau sous la garde de ses chiens pour préparer ses semis. Il attend le marchand de graines et observe les allées et venues sur la route. La voiture de la Poste passe. Puis le tracteur du voisin : « Moderne. Vous avez vu ce semoir ? Moi, je n’ai qu’un vieux tracteur et je ne connais rien en mécanique. Tiens, ce fourgon, c’est quoi ? »
Ce sont les douaniers qui vont se poster à un petit carrefour proche. Ils vont traquer « le rouge », disent-ils, en interceptant les véhicules qui roulent au fuel domestique. La recette devrait être maigre. Il n’y a pas une folle circulation sur le causse. Des touristes belges à vélo, deux motards allemands, quelques 4X4. La voiture d’un ornithologue.

C’est plutôt là-haut, dans le ciel, que cela circule. « Les hirondelles sont parties il y a deux semaines déjà », note Christian Avesque. Les grives, qui se gavent de raisin dans l’Hérault, ne vont pas tarder à remonter sur le causse. Les aigles, les corneilles, les vautours tournoient à l’horizon. L’œil bleu du berger est acéré. Pas besoin de jumelles pour suivre le vol du faucon pèlerin. Des ornithologues viennent étudier la faune du causse Méjean. L’un d’entre eux, le photographe Renaud Dengreville, est devenu l’ami du berger.

Nicolas Hulot, qui est venu tourner une émission d’Ushuaia sur le causse, a demandé à rencontrer le berger : « Nicolas Hulot, c’est un sacré bonhomme », commente Christian Avesque.

Le soir, lorsqu’il revient à Nivoliers, le berger reçoit souvent des coups de fil d’amis, de parents. Ses moutons dorment dans la bergerie. Et lui, sur ses deux oreilles. Pas de loup sur le causse. Ni d’ours. « Dans les Pyrénées, ils en parlent beaucoup de l’ours. Un peu trop sûrement. Que voulez-vous, chaque espèce a son prédateur ! Le renard, parfois, tue une poule. Et après ? ». Christian Avesque aime et admire les renards. La compagnie des brebis et de ses deux chiens, Pipo et Câline, lui suffit. Le ballet des oiseaux, dans le ciel, l’enchante plus que la télévision. Il n’écoute pas la radio. La météo, il la lit dans le ciel. Le chant du coucou, au printemps, le départ des migrateurs, à l’automne, rythment les saisons. Christian Avesque n’est pourtant pas un ermite. Il aime discuter avec les randonneurs, voir sa famille, ne dédaigne pas une partie des cartes, l’hiver, entre voisins. Après le dîner, chaque soir, Christian Avesque fait un peu de causette. «La patronne tient beaucoup à ce que je lui raconte ma journée », dit-il. Les brebis qui ont chômé, la tête à l’ombre, à cause de la chaleur. Pipo, le vieux chien, qui est fatigué. La brume, ce matin, qui ne levait pas…

Sabine Bernède

 


poésie n°3

Fretma

Havre de paix. Calme. Sérénité. Ruine je t’ai connue, belle sauvagine. Tes murs malmenés par les pluies, les vents, les années. Tes toitures effacées.
Fretma c’est ainsi que je t’ai aimée. Oubliée. Délaissée.

….

Fretma que j’aimais tant, rien ne sera plus comme avant.
Quand tu avais oublié le temps.

Fleurs d’étoiles- Fretma p.133 – extrait-©Solange Tellier-Le Theil édition- nov.2012
DSC06266photo ©Solange Tellier-Fleurs d’étoiles -p.141
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Pour faire suite à l’interview de Radio Totem Lozère qui sera diffusée les jours prochains dans les journaux du matin (6h30 -7h30- 8h30) je vais vous offrir 4 jours durant des extraits des poèmes qui terminent le roman « Fleurs d’étoiles ». Ces poèmes illustrent parfaitement « les lieux qui m’ont le plus touchée », pour répondre à la question du journaliste.
Nous commencerons par un extrait de Méjean – p 129 de l’ouvrage- que j’ai fait précéder p. 128 d’une très  belle remarque du poète algérien Mallek Alloula, bouleversé lui aussi par la beauté du Méjean et qui comme moi, a été reçu dans le gîte-bergerie de Nivoliers  :
Pose-toi sur le Méjean et quelque chose adviendra, doit advenir. Quelque chose que tu as toujours attendu sans savoir que tu l’attendais.
Une chose que je regrette c’est de ne pas parvenir à contacter Malek Aloula. Si quelqu’un parmi mes lecteurs peut me donner des nouvelles ..

Méjean

Pays de dunes sans sable
Pays lunaire affable
Pays de pierres sans eau
Pays d’Amour. Cadeau.

Toi le plus grand
Celui du milieu
Envoûtant. Méjean.

Le souffle du vent dans tes cheveux d’ anges
les rayons du soleil sur tes rondeurs étranges
les notes douces du fifre qu’égraine le berger
le chant de l’oedicnème sur tes nuits étoilées
tout ici m’enchante
et me rappelle à toi chaque année.

©Fleurs d’étoiles-extrait-Solange Tellier
été 2010 (24)
photo©Solange Tellier- Fleurs d’étoiles-  p.141

Pour écouter radio Totem sur le net : http://www.radio-totem.net/emissions/emission-11-totem-party

Articles classés dans « Fleurs d’étoiles » : https://siletheilmeracontait.wordpress.com/category/2-fleurs-detoiles/

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