L'actualité littéraire de Solange Tellier

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Cadeau : Un extrait de Fleurs d’étoiles, tel qu’il avait été traduit en espagnol et en anglais pour le café littéraire APAC de Metz en janvier 2015 – Il avait neigé d’ailleurs ce week-end là !

 

 

neige sur le causse lozère passion

image publiée sur le superbe site : Lozère Passion que je vous invite à découvrir

en cliquant directement sur l’image ou sur le lien

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Les hivers étaient longs et le village qui se trouvait parfois isolé des gorges n’avait d’autre solution pour survivre que celle de se mettre en quasi sommeil. Une hibernation forcée comme partout sur le Causse. Les habitants résignés restaient à l’abri de leurs grandes maisons. Ils se contentaient de peu, consommant avec parcimonie les vivres mis en réserve avant la mauvaise saison : légumes en conserves, pâtés, confitures, confits de porc ou de volaille. Un boulanger, le seul tenant boutique sur le plateau, assurait des tournées régulières. Un épicier montait une fois par semaine depuis la vallée, mais si la neige venait à tomber interdisant tout accès, on savait qu’il faudrait se passer pour quelque temps de ses services. La solidarité était par conséquent autant naturelle qu’obligée, et le village se faisait comme une grande famille où chacun vivait sous son propre toit mais où tout le monde savait que l’on pouvait compter sur le voisin. Depuis quelques années, une auberge rustique aménagée dans une ancienne bergerie amenait un peu de vie même au plus fort de la morte saison. L’été, le restaurateur proposait sa table aux instructeurs et aux élèves du club de vol à voile, il accueillait les touristes de passage et les randonneurs qui appréciaient l’étape quasi providentielle sur ces hautes terres si peu fréquentées. L’hiver, il mettait ses talents de cuisinier au service des villageois qu’il invitait, certains soirs, à se retrouver autour de la cheminée, tellement haute et large que l’on pouvait y cuire à la broche un sanglier entier. C’était l’occasion pour le musicien qu’il était, de tirer de son piano électrique quelques notes qui résonnaient joyeusement sous la voûte de pierre. Christian sortait alors de sa poche un harmonica, et quand la fille de l’aubergiste se mettait à l’accordéon, l’orchestre improvisé faisait briller des étincelles de gaieté dans les yeux des convives qui ne se faisaient pas prier pour accompagner au chant le trio entraînant ou improviser quelques pas de danse. Ces soirées étaient remplies de bonheur et contribuaient à entretenir des liens d’amitié indispensables. La vie était dure mais belle. Les cœurs généreux et jamais tout à fait solitaires.

Fleurs d’étoiles – ©Solange Tellier – p. 96- extrait- tous droits réservés –

Los inviernos eran largos y el pueblo, aislado de los desfiladeros, no tenía otra forma de sobrevivir que ponerse casi en hibernacion, eso, igualmente en todos lugares de la meseta. Resignados, los habitantes permanecieron en sus casas grandes, con obligacion de consumir, con moderación, alimentos cocinados antes de la mala temporada: verduras enlatadas, pasteles, mermeladas, carne de cerdo en escabeche o aves del corral. Un panadero, el unico sobre el Causse, aseguraba giras regulares. Un tendero subia una vez por semana desde el valle, pero si la nieve se iba cayendo prohibiendo el acceso, sabian que pasaran una temporada sin sus servicios. Solidaridad era por lo tanto natural y el pueblo era como una gran familia en la cual todo el mundo vivia bajo su propio techo, por lo tanto, todo el mundo sabía que podría esperar ayuda del vecino. En los últimos años, un mesón rústico ubicado en un antiguo granero trajo un poco de la vida, incluso en medio de la temporada baja. En verano, el restaurante ofrecia la comida a instructores y estudiantes del club de aviacion, a los turistas y excursionistas que disfrutaron del asilo casi providencial en estas tierras altas. En invierno, el posadero puso sus habilidades en la cocina al servicio de los habitantes del pueblo que invitó por algunas tardes a reunirse alrededor de la chimenea, tan grandissima que se podria cocinar en su entero un jabalí. Fue una oportunidad para el músico que estaba, para sacar algunas notas de su piano eléctrico bajo el arco de piedra. Christian, entonces salió de su bolsillo un armónica, y cuando la hija del posadero empezó a tocar acordeón , chispas de alegría brillaban en los ojos de los invitados que acompañaban cantando el trío o improvisando algunos pasos de baile. Estas noches se llenaron de felicidad y ayudaron para mantener amistades indispensables. La vida era dura pero hermosa. Corazones generosos y nunca solitarios.

Merci à Guy pour son aimable collaboration à la traduction –

http://www.lozere-passion.fr/

The winters were long and sometimes the village was isolated from gorges. People had no other way to survive than to be almost asleep. Enforced as everywhere on the plateau hibernation. Resigned inhabitants remained away from their big houses. They just recently consumed sparingly food set aside before the bad season: canned vegetables, pies, jams, pickled pork or poultry. A baker, the only one on the top of the Causse, assured regular tours. A grocer rode once a week from the valley, but if the snow should fall prohibiting access, we knew it would happen some time for its services. Solidarity was natural and the village was like a big family where everyone was living under his own roof, but when everyone knew we could count on the neighbor. In recent years, a rustic inn housed in an old barn brought a bit of life even in the midst of the offseason. In summer, the restaurant offered his table to instructors and students gliding club, he welcomed the passing tourists and trekkers who enjoyed almost providential step on these highlands so uncrowded. In winter, he put his cooking skills at the service of the villagers he invited some nights to gather around the fireplace, so high and wide that could be cooked on the spit a whole boar. It was an opportunity for the musician he was, to take some of his electric piano notes rang merrily under the stone arch. Christian then came out of his pocket a harmonica, and when the daughter of the aubergist began to accordion, orchestra improvised shone sparks of joy in the eyes of the guests who were not to be asked to accompany the singing leading trio or improvise a few dance steps. These evenings were filled with happiness and helped to maintain friendships indispensable. Life was hard but beautiful. Generous and never quite lonely hearts.

 

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Je remercie Claire Antoine d’avoir pris le temps de faire à propos de Premier été une analyse très pertinente. Elle a su y voir des choses que moi-même j’avais sans le vouloir vraiment « dissimulées » derrière mes mots, se faisant en quelque sorte le révélateur de mon inconscient. Elle a su aussi retrouver quelques références littéraires (Sand, Rousseau), de celles que j’ai du mal à faire parce que ma culture littéraire, même si elle n’est pas inexistante, persiste à rester invisible. J’ai pris tellement de choses, ici ou là, mais ma mémoire est volatile (rha que je n’aime pas ce e, et pourtant il le faut), elle s’imprègne mais ne laisse rien en surface. Ma mémoire de lecture est un peu, à la manière du Causse que j’aime tant. Elle laisse glisser le fluide jusqu’au plus profond de ses entrailles mais ne retient rien en surface. Il m’est déjà arrivé de dire à mes collègues auteurs, et de m’en excuser, combien je prends plaisir à les lire et combien l’histoire finit par se perdre dans les méandres de mes neurones au profit du ressenti, des sensations qui eux restent bien ancrés dans la mémoire de mon coeur. J’espère ne pas les décevoir en disant cela. Claire m’a permis de réaliser que mes lectures ne me sont pas inutiles. Si j’en oublie le fil, la substance reste bien présente.

Donc, merci Claire Antoine pour cette façon que tu as eu de faire re-naître mes mots et à travers eux tous ceux que j’ai retenus, sans le savoir, de mes propres lectures.

A l’occasion du Café littéraire APAC consacré samedi 17 janvier à Solange TELLIER
Mes réflexions, mon parcours au fil de la lecture,
Ce que j’ai aimé dans le court roman, situé entre réel et imaginaire,
« Premier été » de Solange Tellier
Les personnages, Quentin, Angélyne, un lieu/personnage la Charente en particulier Mourillac et son théâtre antique, et par petites touches disséminées, la Lorraine.
D’abord les personnages pour entrer dans le récit par cette porte-là
Le jeune Quentin a 27 ans il est docteur en géographie depuis peu : donc il écrit, décrit et parcourt la terre. Ce n’est pas (encore ou peut-être ne le sera-t-il jamais) un géographe « aménageur du territoire » .
En décidant de prendre la route, vers l’océan, le jeune homme entraîne avec lui le lecteur dans une sorte de zoom, grâce à une série de rencontres de plus en plus intimes, rapprochées, rencontres avec des lieux et des êtres.
Il va dépasser le scientifique, le savoir dans le récit-là. (Dans un retour aux sources de lui-même)
Un parallélisme existe clairement entre :
Université/ abstrait/scientifique/insensibilité //
avant l’université/concret/voyage /le personnel/ le sensible/ le profond , ce que Quentin va rechercher et retrouver, d’une certaine manière.

L’instance narrative confirme son discours scientifique avec des phrases comme celle-ci : « Quentin le savait, les particularités géologiques et climatiques sont déterminantes pour la structure de l’habitat. » Les phénomènes naturels sont premiers. L’homme intervient après et s’adapte au terrain.
Le vocabulaire précis rappelle tous les dadas du géographe avec le plaisir que l’on peut ressentir à utiliser le mot juste pour le sol et le sous-sol : Les cuestas, les buttes témoins, etc. Une volonté d’identifier, de nommer et de décrire finement le socle.
Page 15, grâce à un poème présenté, en note, comme étant celui du « vrai » Quentin pointe l’idée d’un récit autobiographique : Surmarqueur d’une réalité autobiographique mais aussi lien avec la deuxième partie intitulée 28 septembre.

Le prénom est important
C’est comme si la recherche en quelque sorte de la signification invisible de son nom justifiait son voyage et son arrivée dans le village de Saint Quentin
D’ailleurs la jeune Angélyne qu’il va rencontrer en arrivant en Charentes, le deuxième personnage a elle aussi un nom qui la dépasse, qui la relie à un lieu : Saint Jean d’Angély. A un lieu et à l’histoire : d’ailleurs elle va guider Quentin. Elle est incollable sur l’histoire de sa région.

Quentin est en route…La conscience de ce qu’il y a autour de lui se réveille, ses sensations refont surface .

Tous les déplacements ne sont pas profitables en qualité « d’être ».
En effet, en passant de son village, de l’enfance, des bois, à l’Université, à l’ âge adulte, il a été précisément amputé de sa capacité à être. Il a dû oublier le plaisir de s’abandonner. Plaisir du « détachement » des choses ? Se détacher de l’inutile, de l’encombrant.
Et c’est le rôle du voyage, qu’il va entreprendre que cette reconquête de lui-même, sans abandonner pour autant son idéal de géographe contemporain, d’homme du flux du déplacement… Il va en quelque sorte retrouver son propre flux vital.
Il franchit, dès le chapitre 2 les limites de son département. Premier pont, première frontière. Il est présenté comme « dé-paysé » Un changement mental va tout de suite intervenir. Il entame son chemin personnel de transformation vers la Charente.
Il reprend les commandes de lui-même avec des gestes du quotidien, Il se douche, se purifie, sourit et chante. La luminosité, l’air vivifiant et apaisant, la présence d’hirondelles, de tourterelles lui font retrouver pureté, innocence.

Gül Ilbay lit un extrait du livre où Quentin retrouve le goût simple du plaisir du goût, du toucher, de la vue. Une promenade au marché.

Et… il rencontre Angélyne. Celle qui va devenir son guide lui promet des paysages magnifiques et des « soirées magiques ».
… la tête de Quentin heurte la carosserie de la voiture dans laquelle ils étaient montés. Le choc !
Ce qui suit fait penser à La mare au diable de George Sand, au moment où tous les repères disparaissent (avec un mystérieux retour en arrière où sont évoqués les Fades ) pour que les deux personnages puissent s’avouer leur attirance réciproque
Les correspondances, les connivences vont s’accumuler et de multiples liens, des correspondances secrètes vont se faire jour entre les deux personnages, entre la Charente et la Lorraine
– Poétique, en résonance avec la Meuse de Péguy, fleuve nonchalant, un peu comme la Charente
– C’est là que se situe la petite histoire humoristique du kiss me not (kitchenotte) la coiffe des jeunes charentaises, mise en garde, dissuasive… « ne m’embrassez pas avec cette cornette »…Ici une correspondance entre la timidité de Quentin et son possible blocage psychologique et la jeune fille moins réservée, mais qui aurait, elle à dépasser un blocage « culturel »… ? –
– En exergue une citation de Paul Eluard : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » que l’on retrouve dans le texte à la page 43 introduite pas : « Une phrase qu’il avait déjà entendue résonnait en lui « … petite mise en abyme
Le RV prévu depuis toujours finalement, entre les deux héros, est aussi pointé du doigt par l’auteur malicieuse qui renvoie à la construction du livre.
– Correspondances aussi dans le vocabulaire des lieux , l’escargot lorrain, le schneck devenu pain aux raisins et les mots avec des finales en « ac » du pays de la jeune fille qui équivalent à ceux en « ange » chez Quentin (qui signifient l’ appartenance à un lieu ou à une personne) et aussi peut-être même peut-on rapprocher en les croisant…le ac du « Qu » de Quentin et l’ « ange » d’Angélyne

« Le lien se tissait, son cœur était présent »
Et là, même le vocabulaire géo classificateur se charge d’intensité nouvelle.

Quentin joint le geste à la parole invite sa guide à imaginer son village loin, très loin, … « Je crois apercevoir ta maison : celle qui est recouverte d’ardoises …je la vois réellement … derrière la ligne bleue des collines ».
Et c’est, au moment de cette reconnaissance par Angelyne, de la maison natale, que l’auteur va décrire la jeune fille, que les lecteurs vont connaître son visage, vu par Quentin. Emotion sensuelle.
Le chemin qu’ils empruntent va déboucher sur l’édifice, sur le temple qui devient un lieu propice à l’exaltation dans une prose poétique en symbiose. La descente de Quentin vers le théâtre antique est lue par Geneviève Kormann

Une descente vertigineuse, dans un temps devenu élastique. Un raccourci, un passage temporel de bonheur intense, dans un refuge, avec une nature complice (un peu rousseauiste). Les lieux conduisant à une rêverie plénitude et sérénité. Prise de conscience paroxysmique de l’existence. Une jouissance née de l’effacement dans une nature protégée et profonde qui est son reflet.
Dans un deuxième temps, Angéline rejoindra Quentin et …tombera dans ses bras pour de sensuels baisers. Le silence les entoure dans cet instant suspendu. Ils évitent de parler de commenter ce qui leur arrive avec des mots  » de psy « …de peur de tout gâcher, de tout casser. Est-ce qu’il a partagé son expérience ?
Il faut peut-être laisser une part d’ombre pour donner une chance aux sentiments d’exister ?

Le langage scientifique se transforme en poésie et puis c’est le silence.

Ils remonteront en se tenant par la taille. Un retour très simple à la vie.
L’auteur et le lecteur les lui abandonnent

Je remercie Solange TELLIER de m’avoir permis de rédiger ces quelques notes. En suivant Quentin, je n’ai pas vu le temps passer et j’y ai trouvé beaucoup de plaisir ! Claire Antoine

Et moi, je remercie Claire Antoine, pour cette belle analyse, et pour cette occasion qu’elle m’a donnée de passer à Metz un superbe week-end littéraire.

Voir ici l’article dans son intégralité sur le Blog de Claire


Quel superbe journée !

Merci à Claire, à Geneviève et à l’APAC de Metz qui m’ont reçue royalement.

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Merci aux intervenant(e)s qui ont fait vibrer mes mots par leur lecture.

Merci à l’assistance nombreuse et intéressée.

Quelle belle analyse que celle de Claire Antoine qui a su me surprendre par ce dépassement de mes mots, qu’elle a franchi avec beaucoup de délicatesse et de justesse. Beaucoup d’émotion pour moi de voir ce que mes écrits peuvent soulever.

A lire sur le blog de Claire


Metz pour janvier.

gare

Samedi 17 janvier

16h30

Café-littéraire

Ce café sera une occasion de présenter pour la première fois des extraits de mon ouvrage Fleurs d’étoiles dans des versions anglaise et espagnole. Comme le souligne Claire Antoine qui prépare activement cette rencontre sous l’égide de l’Association messine Plumes à Connaître, c’est une belle façon de se prendre au jeu et de proposer lors de ces rencontres conviviales des choses plus inhabituelles.

Premier été sera bien sûr au programme avec quelques confidences et la lecture du poème « Sous la falaise blanche » qui termine la nouvelle 28 septembre.

J’emporte aussi dans mes bagages Les poèmes de Catherine et mon petit livre vert Si le Theil me racontait. Ils sont tous mes enfants de plume …

Je dis donc à bientôt à tous mes amis de là-haut.

Chez Verlaine,

Il faisait beau sur Metz
L’été offrait ses premières caresses
Un air de vacances et de douce indolence
Verlaine tu m’avais invitée en Lorraine !

Pour l’amour des mots et de la poésie
Pour retrouver là-haut tes Amis
Verlaine, je suis venue aussi.

Il faisait beau sur Metz ce samedi,
Dimanche je suis repartie
Sous la pluie.

©9-06-2013- Stellier

Je repars donc chez Verlaine, en hiver cette fois. J’espère y retrouver ce ciel bleu du mois de juin 2013 qui va si bien à ses belles maisons aux pierres de soleil et pourquoi pas, un peu de neige aussi.

Retrouvez l’invitation sur l’actualité de Femme Actuelle ici



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