L'actualité littéraire de Solange Tellier

Archives de Catégorie: 3. Premier Eté

Chez Verlaine, 2 rue Haute-Pierre- Metz

 

« Je rêverais d’écrire un livre, ça fait un moment que j’y pense mais aujourd’hui j’aimerais me lancer, seulement je n’ai aucune connaissance, comment avez-vous fait pour vous lancer ? Qu’est ce qui vous a motivé à le faire ? Qu’est ce qui vous a poussée à le faire ? »

Tout d’abord Luciana voilà un projet déjà bien posé. « Je rêverais » … un rêve c’est déjà une histoire. C’est une histoire qui se met en route. C’est une histoire qui se profile. Oh pas forcément pour demain ! On va laisser le temps au rêve de revenir lorsqu’il aura le temps, lorsqu’il aura envie. Alors les mots viendront se poser sur le rêve pour en faire une histoire et peut-être un livre. Ecrire un livre. Ecrire des histoires. Concrétiser tout ce que l’on porte en soi. C’est un si beau projet !

 

J’ai toujours aimé écrire. Comme j’ai aimé chanter, comme j’ai aimé danser, peindre, poser mes doigts sur un clavier, ou faire de la photo. J’avais des choses à dire, des choses à exprimer, comme tu en as sans doute beaucoup Luciana. Au collège, j’ai eu deux professeurs l’une en cinquième l’autre en quatrième qui m’ont encouragée, qui ont trouvé un certain intérêt, quelques qualités à mon écriture. Alors j’écrivais, j’écrivais beaucoup et j’y prenais plaisir. J’avais même composé une pièce de théâtre qui avait été jouée sur scène par mes camarades. J’avais confié à ces profs que la profession de journaliste m’intéressait. Ils approuvaient.

Mais sont venues les années « sans ». En troisième mes notes plafonnaient à 13-14, la prof ne m’encourageait jamais. J’intégrais une seconde destinée à me conduire au journalisme mais les math et l’économie étaient mes bêtes noires. Le français quant à lui faisait abstraction de l’expression pour ne considérer que des études d’œuvres, et j’avais du mal avec ça. J’avais du mal à décortiquer des textes. Je trouvais qu’on les dénaturait, qu’on ne considérait pas suffisamment le fond. Alors l’épreuve du bac français s’est soldée par une note minable ! Autant te dire, Luciana, que mon rêve d’écriture prenait le large. J’abandonnais le rêve du journalisme, inaccessible. J’intégrai un centre de formation pédagogique qui m’a conduite à l’enseignement. Pour ma première classe de maternelle, je composais des histoires ou bien j’en faisais composer aux enfants.

Quelques années plus tard, je fus sollicitée pour transmettre les nouvelles locales aux journaux du secteur. Au fil des ans je me vis confier un secteur plus large et je prenais plaisir à rédiger de beaux articles. J’avais raté la marche du journalisme, mais je pouvais malgré tout affûter ma plume régulièrement et je réalisai que j’étais lue par des milliers de personnes. Tu imagines si c’est jouissif ! La prof de français de troisième pouvait aller se rhabiller et le prof qui m’avait mis 9/20 au bac pouvait carrément mettre sa doudoune et filer au pays des pingouins !

Voilà pour un début. Ce début qui m’a mis le pied à l’étrier de l’écriture. Qui m’a permis d’enrichir mon vocabulaire, de travailler mes structures de phrases grâce à quelques séances de formation proposées par le journal.

Bien des années plus tard, avec l’arrivée d’internet, je me retrouve, complètement par hasard, sur un forum littéraire (cela n’existe plus guère aujourd’hui)  dans un cercle de personnes aimant écrire et surtout poétiser. Des jeux, des joutes littéraires et poétiques se mettent en place de façon ludique et sans prétention, nous lançons des défis, des prises de paroles où l’on doit argumenter sur des sujets. L’expression écrite est très variée, c’est très plaisant car vivant, gai, c’est motivant. J’excelle dans une poésie qui tient en quelque sorte de l’écriture automatique. On écrit si vite que l’on est dépassé par l’écriture. On n’est plus soi. On se retrouve ailleurs, sur le monde des mots. Les mots déments (titre d’ailleurs d’un poème que j’avais écrit). C’est une sensation très curieuse. Je ne m’étends pas davantage. Si tu veux on pourra en reparler ailleurs.

En parallèle, le journal m’invite à ouvrir un blog de correspondant où je dois poster mes articles mais où je peux également m’exprimer sous plusieurs formes. Sur cette plate-forme conviviale, des liens se tissent avec d’autres personnes qui aiment l’écriture : journalistes, écrivains, éditeurs … Les blogs sont vivants, les interactions nombreuses.

Tout cela crée des occasions sympathiques d’écrire et c’est très stimulant, très motivant.

Puis il y eut une rencontre plus importante, déterminante, qui m’a poussée à faire des poésies de plus en plus belles, de plus en plus nombreuses. L’amour donne des ailes tu sais.

J’ai commencé à remporter des prix, dont le plus prestigieux à mes yeux : une mention d’honneur décernée par les Amis de Verlaine. Tu imagines Luciana comment on se sent portée quand son écriture est reconnue ! Ceci n’est pas une question de fierté personnelle ou d’égo sur-dimensionné. C’est une question de confiance en soi. On réalise que l’on peut toucher les gens, que l’on peut donner du plaisir par son écriture, que l’on peut aussi faire passer des choses, que l’on peut partager ses émotions, ses points de vue, ses découvertes avec ses lecteurs autour d’une table, autour d’un café. Quel bonheur !

Je suis donc allée à Metz pour la deuxième fois (l’année précédente j’avais été récompensée par une mention spéciale). Partir à l’autre bout de la France pour chercher son prix, rencontrer d’autres poètes, partager. Une expédition, mais quel bonheur ! A la suite de cela l’animatrice d’une émission littéraire radiophonique a souhaité diffuser mes poèmes sur une semaine à raison d’un poème par jour. Quelle reconnaissance !

Alors cela te donne envie de continuer bien sûr parce que tu sais que désormais tu fais partie, non pas d’un clan, mais d’une famille qui aime les mots, une famille qui sait toute l’importance que prend ce que tu portes en toi, une famille qui te reconnaît parmi les siens. Ça réchauffe le cœur, vraiment ! C’est important de ne pas se sentir seule, car l’écriture tu sais cela reste un travail de solitaire et on aurait vite fait de s’isoler complètement et d’oublier de s’ouvrir à la vie. Or c’est la vie qui nourrit l’écriture.

Il est par ailleurs prétentieux de parler de « son » écriture. Je crois l’avoir dit déjà. On n’est pas maître de son écriture. C’est l’écriture qui vient à soi, qui s’impose à soi. C’est parce que l’on a su se mettre à l’écoute, être attentif, parce que l’on a su rêver ou s’émerveiller que l’écriture est venue.

Puis il y eut un jour, organisé par la bibliothèque de ma ville, un concours de nouvelles avec pour thème l’arbre.

Un arbre, j’en avais un, à moi. Un bel arbre que j’aimais de toutes mes forces. C’est mon tilleul. Alors, j’ai écrit une nouvelle d’une douzaine de pages pour parler de mon bel arbre, de mon beau centenaire. Verdict : Recalée. Je n’ai eu ni prix, ni félicitation du jury, ni une quelconque reconnaissance. Découragée ? Que nenni ! Là, je me suis dit : mon arbre il mérite autre chose que ce mépris.

Alors pour lui, j’ai repris la nouvelle. Je l’ai réécrite avec toute mon énergie, mon imagination, mon amour aussi. Les idées sont venues, comme ça. La nouvelle peu à peu s’est enrichie pour raconter mon tilleul. Les phrases de sont améliorées, j’y ai ajouté des bribes de ma vie, j’ai pioché dans l’actualité présente ou passée quelques idées et je suis arrivée à un petit ouvrage d’à peine cent pages. C’est peu. Il n’empêche. J’ose, et je l’adresse à deux maisons d’édition qui l’acceptent toutes les deux avec des éloges pour mon écriture.

Emotion. Début d’une aventure.

Le reste a suivi. L’écriture, comme une drogue, devenait mon quotidien. Après le premier ouvrage, je devais écrire et encore écrire. J’assurais en parallèle mon métier d’enseignante, mes missions de correspondante, le travail à la maison. Autant te dire que mes nuits étaient courtes. Et c’était précisément la nuit que l’écriture venait. L’écriture encore une fois s’imposait à moi quand tout dormait autour de moi, quand il n’y avait plus que la petite lucarne de mon ordinateur qui donnait un peu de vie à mon espace, l’écriture arrivait et je devais écrire. J’écrivais, j’écrivais. Et plus j’écrivais, plus j’en avais envie.

Voilà ce que je peux dire de façon condensée.

Beaucoup de mes collègues auteur te diront la même chose, à savoir que l’on n’écrit pas pour écrire, que c’est souvent l’écriture qui un jour décide de vous donner des ailes et une plume. Mais elle n’arrive pas par hasard.

Je suis sûre Luciana que tu fais partie de ces personnes qui sauront préparer le chemin pour qu’un jour l’écriture arrive et te comble de bonheur. Il faut savoir être patient. Etre à l’écoute. De tout. De rien. Du monde qui t’entoure. Etre attentive aux silences. Aux notes. Aux moindres bruissements. Il faut savoir être ouvert. Etre gai et généreux dans son cœur même si parfois, il peut arriver que c’est la tristesse qui guide la plume. Tu dis que tu n’as « aucune connaissance ». La connaissance doit prendre pour toi un autre sens. La connaissance pour un artiste c’est avant l’intelligence de ce qui t’entoure. L’intelligence du coeur. La technique elle s’imposera à toi petit à petit, car motivée par ton rêve à mettre en projet tu vas chercher ce qui te manque pour t’exprimer et tu vas trouver. Cela va venir, tu peux en être certaine.

Certains auteurs te diront qu’on ne peut pas écrire si on ne lit pas. Certains ont lu, beaucoup. Moi j’ai lu très peu. Je lis davantage aujourd’hui mais curieusement j’écris moins. Je préférais pendant mes plages de temps libre rêver, observer. Il m’arrivait également de prendre des notes. J’avais avec moi un cahier que j’avais appelé « croquis de mots » et quand j’étais seule je prenais des notes sur ce que je voyais, que j’entendais, que je sentais. Ces notes ont servi de support à mes descriptions de paysages ou d’ambiance dans chacun de mes ouvrages. Elles me permettaient aussi d’exprimer plus concrètement ce que je vivais à l’intérieur de moi. Et puis elles m’obligeaient à enrichir mon vocabulaire, elles permettaient aux phrases de prendre forme. Un peu comme un peintre qui fait des esquisses, qui recommence plusieurs fois le même dessin pour arriver à la perfection.

Voilà Luciana ce pêle-mêle qui pourra peut-être te permettre de mieux comprendre comment j’en suis arrivée à l’écriture, comment j’ai été motivée. Et qui pourra peut-être de donner quelques clefs pour entamer le chemin et t’aider à prendre confiance.  Même si en chemin tu croises des personnes qui ne savent pas t’encourager ou si toi-même tu as des doutes, tu dois continuer et rester ouverte à ton rêve. Un jour ou l’autre, une opportunité, une rencontre se feront et ton rêve refera surface pour avancer un peu plus.

Si tu aimes écrire, écris. Ecris sur des cahiers. Tout. Ce que tu vis. Tes journées. Ce que tu ressens. Ce que tu aimes. Ecris pour rien. Juste pour le plaisir d’aligner des mots. Deux mots. Trois mots peuvent suffire. Peut-être les cahiers vont-ils s’endormir un temps. Longtemps. Et puis un jour, cent jours, un an, deux ans, dix ans, vingt ans peut-être après, tu les retrouveras et ils te permettront de reprendre le chemin. Tu vas retrouver les sensations, les images et tout cela se combinera avec ce que tu as vécu entre temps et l’histoire prendra corps.

Après tu pourras bien sûr passer à la publication. Publier ton livre. Pour partager avec tes lecteurs. Mais la publication est aujourd’hui affaire bien compliquée et surtout une niche pour des entrepreneurs peu scrupuleux qui se baptisent éditeurs mais ne tiennent aucun compte des auteurs. Cela existe, il faut le savoir.

Tu pourras, à moindre coût déjà, faire toi-même tes petites publications. Une machine à relier suffit à produire tes propres créations. J’ai fait cela aussi. Mes « Poèmes de Catherine » ont entièrement été créés avec une imprimante maison et reliés avec une relieuse à peignes. C’est un tout petit investissement (voilà une bonne idée pour un cadeau de Noël ) et déjà tu peux faire plaisir autour de toi et te faire plaisir aussi.

Si tu es motivée, si tu as le temps, tu peux au lycée proposer des ateliers d’écriture à tes camarades et ensemble fabriquer ce que de mon temps on appelait un fanzine. Un journal collectif.

Tu peux participer à des ateliers d’écriture qui sont peut-être proposés dans ta ville. Perso je t’avoue que je n’ai jamais pu m’y intégrer, mais certains de mes collègues se sont mis à l’écriture de cette façon.

Voilà … quelques pistes …. A toi de jouer Luciana !

Et n’oublie pas de me tenir informée. J’en serai ravie.

Belle année scolaire à toi.

 

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Entre Premier été et 28 septembre … quelques lignes qui sentent encore l’été pour remettre, à vous touristes qui avez peut-être découvert Talmont il y a quelques jours, quelques images, quelques parfums.

Talmont, et Sainte-Radegonde accrochée à son rocher. Il est encore temps de profiter de quelques belles journées pour découvrir cet endroit magique.

….

J’aimais cet éclat métallique que le soleil fait vibrer. J’aimais cette sensation d’arriver au bout de la terre, et de parvenir enfin là où les cœurs peuvent à la fois s’élever vers le firmament et se laisser aller au gré des flots. Mon cœur, depuis le départ bercé de souvenirs se réveilla. La torpeur et la tristesse qui m’avaient tenu compagnie tout au long de ce chemin de pèlerinage laissaient place à l’impatience. Mes yeux fouillèrent le paysage sur la gauche pour enfin l’apercevoir.

Et il m’apparut.

Toujours la même image quand on arrive à cet endroit où la terre devient marais, et où ce dernier rejoint à son tour les sables.

Village tout en rondeur, tout en douceur. Village à la fois posé sur les terres et accroché au bord de l’océan. Au bord du fleuve disent les riverains.

Car là-bas, ce n’est pas tout à fait l’océan, et ce n’est plus tout à fait un fleuve. Les flots frappant de leurs assauts les contreforts du village sont ceux de deux fleuves mêlés, réunis en un large estuaire dont le nom évoque une femme belle aux formes généreuses. Gironde ! Et lorsque la marée s’engouffre dans la bouche béante, alors, les eaux prennent un goût de sel et voient le sable en suspension dessiner en surface des langues brunes s’allongeant au gré du flux et du reflux et faisant miroiter sous le soleil leur poudre d’ambre comme des milliers de poussières d’étoiles.

 

J’étais arrivée.

Je laissai la voiture sur le parking aménagé à l’écart du village. Deux véhicules seulement étaient stationnés.

Je franchis le ponton de bois au-dessus du chenal et accédai à un sentier au sol pavé.

Avant de m’engager, depuis la place, dans une des ruelles étroites, j’avançai jusqu’à la plate-forme en demi-cercle dominant la jetée. Pas de bruit. Pas de vagues. L’océan était en vacances. Le village, comme un petit Mont Saint-Michel était ce matin cerné par la grève qui s’étalait très loin.

Je restai un moment à contempler ce vaste paysage sablonneux. Le silence empreint de fraîcheur marine était seulement entrecoupé de quelques cris d’oiseaux. L’horizon clair et dégagé laissait deviner les lignes de côtes environnantes.

Je tournai le dos à la mer pour revenir tranquillement vers le village en empruntant une venelle menant à l’église Sainte Radegonde. L’endroit était bel et bien désert. Trois ou quatre boutiques encore ouvertes espéraient sans doute quelques vacanciers d’arrière-saison. Cherchant contre les murs un hypothétique soutien, des roses trémières essayaient tant bien que mal d’arborer encore dignement leurs hampes allongées au bout desquelles ne s’accrochaient plus qu’une ou deux corolles fleuries. Les dernières de la saison.

Premier été – suivi de 28 septembre. page 62

ISBN : 979-10-93644-00-4


marché rouillac charente légumes premier été
photo G.G Sud-Ouest – sur le stand de Claudie et Jacky

Quentin avisa ensuite l’étal du maraîcher. La bannière sur laquelle figurait la maison en bois où vivaient les producteurs au milieu de leur jardin extraordinaire attestait de la provenance des légumes dont la bonne mine ne laissait aucun doute quant à leur fraîcheur. Les feuilles des salades étaient de bonne tenue, les petits pois et les haricots verts gardaient encore sur leur cosse la petite humidité du matin de leur cueillette. Les tomates rouges et d’autres jaunes ou orangées côtoyaient les concombres avec lesquels elles promettaient un beau plat de crudités. La marchande, bonne vivante et toute en sourires, avisa le client inhabituel.

― Et pour ce jeune homme … commença-t-elle, laissant sa phrase en suspens.

Quentin tenait à faire simple et rapide. Les melons estampillés charentais exhalaient un parfum sucré des plus appétissants, néanmoins il était bien en peine d’en choisir un à point pour son déjeuner.

― Un melon s’il vous plaît.

― Pour midi ?

― Oui, pour midi.

La maraîchère en saisit un qu’elle porta à son nez pour le humer. Elle le fit rebondir à plusieurs reprises dans la paume de sa main pour le soupeser et, devant l’air intrigué de son client expliqua que le poids était aussi important que le parfum pour déterminer la qualité et la maturité. Elle pinça pour finir le pédoncule qu’elle détacha d’un coup sec et sans plus de façon colla le fruit bien ventru sous le nez du jeune homme.

― Celui-ci est à point. Il sent bon n’est-ce pas ?

C’est vrai qu’il était parfumé ! Quentin en avait déjà l’eau à la bouche.

― Et pour vous régaler, ajouta la commerçante, vous n’oublierez pas d’y mettre un peu de pineau.  Et avec ceci ? ajouta-t-elle.

Quentin opta pour quatre tomates bien rouges et une botte de radis qu’il pourrait grignoter avec une pointe de sel.

Tout en emplissant de ses achats un sac à l’effigie des marchés de Charente, la maraîchère qui n’avait pas manqué de deviner en lui le vacancier fraîchement débarqué lui souhaita un agréable séjour à Mourillac.

― Et en plus vous allez avoir un temps superbe, et en Charente quand il fait beau, c’est le paradis, lança-t-elle à la cantonade pour recueillir l’approbation tacite mais néanmoins certaine des autres clients.

Avisant la peau claire de son client qui n’avait de toute évidence pas vu le soleil depuis belle lurette, elle se pencha par-dessus l’étal et lui glissa à l’oreille d’un ton à la fois taquin et protecteur :

― Attention quand même aux coups de soleil.

Quentin sourit à cette recommandation et, amusé, remercia la commerçante. Ses conseils, sa nature enjouée, ses sourires, ses mots aimables et pleins d’attention étaient comme des petits cadeaux qu’elle glissait à ses clients en même temps que ses légumes. Elle ajouta encore dans le sac une belle poignée de cerises :

— Pour votre dessert, souffla-t-elle.

Premier été – Geste édition – 2014
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Quentin choisit de se diriger pour commencer vers le camion de La marée Bleue. L’étal était autrement plus varié que celui qui avait pour habitude d’approvisionner son village. Des bars, des daurades, des maigres dont il ne connaissait jusqu’à présent que le nom, voisinaient avec les merlus et les filets de cabillaud. Il fut bien davantage étonné par de grands poissons plats, de toute évidence de la famille des soles, dont les écailles gris-brun étaient ponctuées de gros pois orange. L’affichette les baptisait carrelets. Les sardines étaient demi-sel ou fraîches et pour ces dernières le client avait le choix entre les Royan et les Collioure. Les fruits de mer n’étaient pas en reste : bulots, coques, langoustines, et autres crabes, vivants ceux-là, dont les grosses pinces avaient été liées par un élastique pour entraver tout mouvement et préserver le vendeur autant que le client d’une douloureuse étreinte.

Tandis qu’il lorgnait sur les moules le commerçant l’interpella :

  • — C’est la pleine saison. Moules des bouchots d’Oléron. Profitez-en !

Quentin aimait les moules – accompagnées de frites évidemment ! –, et il se serait bien laisser tenter s’il avait été équipé pour cuisiner. Il se dit qu’il attendrait d’être sur la côte pour en déguster à la marinière dans un petit resto du bord de mer et jeta son dévolu sur des petites crevettes roses, presque transparentes.

― Arrivage direct de la Cotinière, précisa le mareyeur.

Va pour les crevettes ! Il n’avait pas si souvent l’occasion d’en manger d’aussi fraîches.

 

 

à suivre … sur l’étal du maraîcher.

 

Premier été – p. 44-45- Geste Edition – 2014

ISBN 979-10-93644-00-4 – Tous droits réservés

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photos tirées du net

Je partage avec vous les notes de Claire Antoine qui m’avait reçue à Metz en janvier 2015. Une belle analyse littéraire qui me donne l’occasion de remercier à nouveau Claire pour son regard professionnel sur mon travail ainsi que toutes les personnes de l’association messine.

« Premier été » de Solange Tellier : quelques notes

19 janv. 2015

A l’occasion du Café littéraire APAC (Association Plumes à Connaître – ville de Metz-) consacré samedi 17 janvier à Solange TELLIER

Mes réflexions, mon parcours au fil de la lecture.

Ce que j’ai aimé dans le court roman, situé entre réel et imaginaire : les personnages, Quentin, Angélyne, un lieu/personnage la Charente en particulier Mourillac *  et son théâtre antique, et par petites touches disséminées, la Lorraine.

Le jeune Quentin a 27 ans il est  docteur en géographie depuis peu. Donc il écrit, décrit et parcourt la terre. Il n’est pas (encore ou peut-être ne le sera-t-il jamais) un géographe « aménageur » du territoire, au service des  politiques.

En décidant de prendre la route, vers l’océan, il entraîne son lecteur  dans une sorte de zoom, grâce à une série de rencontres  de plus en plus intimes, rapprochées, rencontres  avec des lieux et des êtres. Il va dépasser le scientifique, le savoir  dans le récit-là.  (Dans un retour aux sources de lui-même)

L’instance narrative  confirme son discours scientifique par ex p 27. Quentin le savait «  les particularités géologiques et climatiques sont déterminantes pour la structure de l’habitat. » La nature est première.

Le vocabulaire est précis et rappelle tous les dadas du géographe avec le plaisir que l’on peut ressentir à utiliser le mot juste pour le sol et le sous-sol : Les cuestas, les buttes témoins, etc. Une volonté de décrire finement.

Page 15, grâce à un  poème présenté, en note,  comme étant celui du « vrai » Quentin pointe l’idée d’un récit  autobiographique : Surmarqueur d’une  réalité  autobiographique mais aussi lien avec la deuxième partie intitulée 28 septembre.

Le prénom est important. C’est comme si la recherche en quelque sorte de la signification secrète de son nom justifiait son voyage et son arrivée dans le village de Saint Quentin

D’ailleurs la jeune Angélyne qu’il va rencontrer en arrivant en Charente, le deuxième personnage  a elle aussi un nom qui la dépasse, qui la relie à  un  lieu : Saint Jean d’Angély. A un lieu et à l’histoire : d’ailleurs elle va guider Quentin. Elle est incollable sur l’histoire de sa région.

Quentin est en route…La conscience de ce qu’il y a autour de lui se réveille, ses sensations refont surface .

Tous les déplacements ne sont pas profitables en qualité « d’être ». En  passant de son village, de l’enfance, des bois, à l’Université, à l’ âge adulte, il a été amputé de sa capacité à être.  Il a dû  oublier le plaisir de s’abandonner. Plaisir du « détachement »  des choses ? Se détacher de l’inutile, de l’encombrant.

Et c’est le rôle du voyage, qu’il va entreprendre que cette reconquête  de lui-même, sans abandonner pour autant son idéal de géographe contemporain,  d’homme du flux du déplacement…Il va en quelque sorte retrouver son propre flux vital.

Il franchit, dès le chapitre 2 les limites de son département.  Premier pont, première frontière Il est décrit comme « dépaysé » Un changement mental va tout de suite intervenir.  Il entame son chemin   personnel  de transformation vers la Charente. Il reprend les commandes de lui-même avec des gestes du quotidien, Il se douche, se purifie, sourit et chante. La luminosité, l’air vivifiant et apaisant, la présence d’hirondelles, de tourterelles lui font retrouver pureté, innocence.

[ Gül ILBAY lit un extrait du livre où Quentin  retrouve le goût simple du plaisir du goût, du toucher, de la vue. Une promenade au marché.]

Et… il rencontre Angélyne. celle qui va devenir son guide lui promet des paysages magnifiques et des « soirées magiques ».

… la tête de Quentin heurte la carosserie de la voiture dans laquelle ils étaient montés. Le choc !

Ce qui suit fait penser à La mare au diable  de George Sand, au moment où tous les repères disparaissent  (avec un mystérieux retour en arrière où sont  évoqués les Fades ) pour que les deux personnages puissent s’avouer leur attirance réciproque

Les correspondances, les connivences vont s’accumuler. (dans les pages 62 et suivantes),  et de multiples liens, des correspondances secrètes vont se faire jour entre les 2, personnages, entre la Charente et la Lorraine

–       Poétique, en résonance avec la Meuse de Péguy, fleuve nonchalant, un peu comme la Charente

–    C’est là que se situe la petite histoire humoristique du kiss me not (kitchenotte) la coiffe des jeunes charentaises, mise en garde,  dissuasive… « ne m’embrassez pas avec cette cornette »…Ici une correspondance entre la timidité de Quentin et son possible blocage psychologique et la jeune fille moins réservée, mais qui aurait,  elle à dépasser un blocage « culturel »… ? –

– En exergue une citation de Paul Eluard : «  Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » que l’on retrouve dans le texte à la page 43 introduite pas : Une phrase qu’il avait déjà entendue résonnait en lui … petite mise en abyme

Le RV prévu depuis toujours finalement, entre les deux héros, est aussi pointé du doigt par l’auteur malicieuse qui renvoie à la construction du livre.

– Correspondances aussi dans le vocabulaire des lieux , l’escargot lorrain, le schneck devenu pain aux raisins  et les mots avec des finales en « ac » du pays de la jeune fille qui équivalent à ceux  en « ange » chez Quentin (qui signifient l’ appartenance à un lieu ou à une personne) et aussi peut-être même peut-on rapprocher en les croisant…le ac du « Qu » de Quentin et l’ « ange » d’Angélyne

«  Le lien se tissait, son cœur était présent »

Et là, même le vocabulaire géo classificateur se charge de sens nouveaux.

Quentin joint le geste à la parole invite sa guide à imaginer son village loin, très loin, … » Je crois apercevoir ta maison : celle qui est recouverte d’ardoises …je la vois réellement « … derrière la ligne bleue des collines

Et c’est, au moment de cette reconnaissance par Angelyne, de la maison natale, que l’auteur va la décrire, que l’on va connaître son visage, vu par Quentin.  Emotion sensuelle.

Le chemin qu’ils empruntent va déboucher sur l’édifice,  sur le temple qui devient un lieu propice à l’exaltation dans une prose poétique en symbiose. La descente de Quentin vers le théâtre antique est lue par Geneviève Kormann

Une descente vertigineuse, dans un temps devenu élastique. Un raccourci, un passage temporel de bonheur intense, dans un refuge, avec une nature complice (un peu rousseauiste). Les lieux conduisant à une rêverie plénitude et sérénité. Prise de conscience paroxysmique de l’existence. Une jouissance née de l’effacement dans une nature protégée et profonde qui est son reflet.

Dans un deuxième temps, Angéline rejoindra Quentin et …tombera dans ses bras  pour de sensuels baisers.  Le silence les entoure dans cet instant suspendu. Ils évitent de parler de commenter ce qui leur arrive avec des mots  » de psy « …de peur de tout gâcher, de tout casser.  Est-ce qu’il a partagé son expérience ?

Il faut peut-être laisser une part d’ombre pour donner une chance aux sentiments d’exister ?

Le langage scientifique, la poésie et le silence.

Ils remonteront en se tenant par la taille.  Un retour très simple à la vie.

L’auteur et le lecteur les lui abandonnent

 

Je remercie Solange TELLIER de m’avoir permis de rédiger ces quelques notes. En suivant Quentin,  je n’ai pas vu le temps passer et j’y ai trouvé beaucoup de plaisir !

Claire Antoine (APAC Metz)

  • note de l’auteur à propos de Mourillac > Il s’agit de la ville de Rouillac, en Charente, à l’anagramme presque parfait (hormis le M)

photos : théâtre des Bouchauds, Rouillac et ses maisons lovées contre l’église au curieux clocher roman octogonal, et Sainte Radégonde de Talmont qui vient en illustration de la nouvelle « 28 septembre » qui vient en point d’orgue de « Premier été ».


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photos S.Tellier

…..

Quelques mètres suffirent à les amener en surplomb d’un espace dégagé s’ouvrant sur un panorama à couper le souffle. Le jeune homme fut saisi par ce qu’il découvrait. Angélyne avait bien fait de prévenir ! Devant lui, ou plus exactement, en-dessous lui, une cuvette en demi-cercle parfait, épousait le versant de la colline pour descendre jusqu’à une plate-forme située en contrebas que sa guide désigna du nom latin d’orchestra. Quelques soubassements délimitaient des espaces rectangulaires. Sur leur droite des pans de murs se dressaient comme des tours en ruine évidées. L’ensemble ne formait plus un monument à proprement parler, mais les vestiges, par leur dimension, laissaient imaginer une construction imposante à l’époque de sa splendeur.

Devançant la remarque Angélyne répéta ce qu’elle avait déjà dit le matin :

— Ce théâtre était l’un des plus grands de la Gaule rurale.

A flanc de coteau, sur toute la surface pentue et herbeuse, le relief naturel remodelé par le travail des hommes avait permis d’installer la cavea où prenaient place les spectateurs. Les fouilles n’avaient pas permis de mettre à jour d’éléments en pierre, ce qui laissait supposer que le public s’asseyait sur des gradins en bois.

Quentin suivait les explications avec attention, absolument médusé par ce qu’il découvrait au fin fond de cette campagne charentaise. Il laissa son regard glisser jusqu’à la ligne de l’horizon, très loin, tout juste à hauteur des yeux. L’opinion du géographe fut sans appel : ce théâtre devait avant tout sa magnificence à son implantation remarquable.

Sur la vaste plaine, les maisons, les fermes regroupées en hameaux, en villages, piquaient de touches roses et blanches le quadrillage champêtre où les parcelles dorées alternaient avec d’autres déclinant le vert dans toutes ses variantes et que les haies contenaient dans une géométrie régulière. L’ultime limite, délicatement soulignée par le blanc des coteaux calcaires que sublimait le soleil, était par endroits plus relevée dessinant des pleins et des déliés bien marqués. Le ciel d’un bleu profond, aujourd’hui sans nuage, prenait sa part dans le tableau. De ce côté-ci, nulle écharpe de gaze ne baignait le paysage pour diffuser la lumière et noyer les contours qui restaient nets, parfaitement découpés. Cette brume océane, vapeur en suspens, eaux réchauffées reprenant leur cycle infini, n’était visible que sur le versant opposé de la colline, en direction de l’ouest, lorsque, quittant Mourillac, la vue se perd loin, là où la terre rejoint la mer, là où le soleil chaque soir disparaît à fleur de terre pour s’enfoncer dans les flots. Là-bas, si l’on en croit le propriétaire du moulin érigé sur un mamelon au milieu des vignes, on peut, la nuit venue, distinguer depuis la lucarne du grenier, les lueurs du phare veillant sur l’estuaire.

Premier été – p.59sélection prix de l'estuaire recadrée

Solange Tellier – Geste éditions-Tous droits réservés

ISBN 979-10-93644-00-4

 

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