marché rouillac charente légumes premier été
photo G.G Sud-Ouest – sur le stand de Claudie et Jacky

Quentin avisa ensuite l’étal du maraîcher. La bannière sur laquelle figurait la maison en bois où vivaient les producteurs au milieu de leur jardin extraordinaire attestait de la provenance des légumes dont la bonne mine ne laissait aucun doute quant à leur fraîcheur. Les feuilles des salades étaient de bonne tenue, les petits pois et les haricots verts gardaient encore sur leur cosse la petite humidité du matin de leur cueillette. Les tomates rouges et d’autres jaunes ou orangées côtoyaient les concombres avec lesquels elles promettaient un beau plat de crudités. La marchande, bonne vivante et toute en sourires, avisa le client inhabituel.

― Et pour ce jeune homme … commença-t-elle, laissant sa phrase en suspens.

Quentin tenait à faire simple et rapide. Les melons estampillés charentais exhalaient un parfum sucré des plus appétissants, néanmoins il était bien en peine d’en choisir un à point pour son déjeuner.

― Un melon s’il vous plaît.

― Pour midi ?

― Oui, pour midi.

La maraîchère en saisit un qu’elle porta à son nez pour le humer. Elle le fit rebondir à plusieurs reprises dans la paume de sa main pour le soupeser et, devant l’air intrigué de son client expliqua que le poids était aussi important que le parfum pour déterminer la qualité et la maturité. Elle pinça pour finir le pédoncule qu’elle détacha d’un coup sec et sans plus de façon colla le fruit bien ventru sous le nez du jeune homme.

― Celui-ci est à point. Il sent bon n’est-ce pas ?

C’est vrai qu’il était parfumé ! Quentin en avait déjà l’eau à la bouche.

― Et pour vous régaler, ajouta la commerçante, vous n’oublierez pas d’y mettre un peu de pineau.  Et avec ceci ? ajouta-t-elle.

Quentin opta pour quatre tomates bien rouges et une botte de radis qu’il pourrait grignoter avec une pointe de sel.

Tout en emplissant de ses achats un sac à l’effigie des marchés de Charente, la maraîchère qui n’avait pas manqué de deviner en lui le vacancier fraîchement débarqué lui souhaita un agréable séjour à Mourillac.

― Et en plus vous allez avoir un temps superbe, et en Charente quand il fait beau, c’est le paradis, lança-t-elle à la cantonade pour recueillir l’approbation tacite mais néanmoins certaine des autres clients.

Avisant la peau claire de son client qui n’avait de toute évidence pas vu le soleil depuis belle lurette, elle se pencha par-dessus l’étal et lui glissa à l’oreille d’un ton à la fois taquin et protecteur :

― Attention quand même aux coups de soleil.

Quentin sourit à cette recommandation et, amusé, remercia la commerçante. Ses conseils, sa nature enjouée, ses sourires, ses mots aimables et pleins d’attention étaient comme des petits cadeaux qu’elle glissait à ses clients en même temps que ses légumes. Elle ajouta encore dans le sac une belle poignée de cerises :

— Pour votre dessert, souffla-t-elle.

Premier été – Geste édition – 2014
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