Une fois n’est pas coutume. Je vous livre ci-dessous l’extrait d’un ouvrage qui me tient à coeur. En cliquant sur la vignette « coup de coeur » en marge de ce site vous aurez accès à celui de l’ouvrage d’où sont tirées ces quelques lignes. Cet ouvrage est à la fois un témoignage poignant et un superbe roman d’amour où le lecteur découvrira que la « différence » n’est en rien un obstacle à l’amour.
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L’importance qu’il accordait aux odeurs était également remarquable. Il présentait une sensibilité extrême aux fragrances et testait toutes celles qui se présentaient. Nos balades dans la nature était un ravissement pour moi qui avais de la même façon un odorat sensible, mais, tandis que je laissais assez souvent venir à moi les parfums, Gabriel, lui, les recherchait partout. Il froissait un pétale de fleur, une feuille, détachait un bout d’écorce, ramassait un peu de terre qu’il frottait entre ses doigts, un peu d’herbe, il sentait et me faisait sentir. A la manière d’un nez , il usait de références ou de qualificatifs précis pour déterminer la note subtile ou cachée. Il m’avait fait découvrir que l’immortelle des dunes, ou hélichryse, qu’il ne connaissait pas avant l’un de nos séjours près de l’océan, avait une odeur rappelant celle du curry. Il expérimentait chaque senteur, tel arôme le séduisait, tel autre, au contraire, le dérangeait. Il n’y avait pas de demi-mesure.

Ce rapport que Gabriel entretenait avec les senteurs me plaisait surtout, lorsque, à chacune de nos retrouvailles il mettait son nez dans mon cou et me répétait :

— C’est toi, c’est bien toi. Je reconnais ton odeur.

Je relevai qu’il n’utilisait pas le mot parfum, mais le mot odeur. Peut-être la différence qu’il en faisait n’était-elle pas flagrante pour lui. Pas importante. Pas fondamentale surtout. Il y avait les odeurs. Bonnes ? Mauvaises ? Cela n’entrait pas dans son champ de compétences et il ne semblait pas être intéressé à vouloir le déterminer.

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Je pris donc plaisir à choisir mes parfums, mon parfum devrais-je dire. J’avais trouvé une eau florale naturelle de figue qui convenait parfaitement à ce que j’étais et à ce que Gabriel aimait de moi. Il me disait en aimer la discrétion et les effluves délicates.

— Ton parfum va bien avec notre amour, remarqua-t-il un jour.

Je trouvai la remarque bien belle. Le parfum, comme le tourisme était l’élément concret qui collait à un sens, un de ceux, qui entraient en ligne de compte avec sa perception de l’amour. Chimie. Alchimie du parfum.

Quand je lui adressais des courriers je n’oubliais jamais d’en mettre quelques gouttes sur un coin de l’enveloppe.

Aspie je t’M de Marie d’Ardillac

p. 194. Tous droits réservés. ISBN 978-2-9543089-1-3

 

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