Parmi ces hommes de la terre, il en est un qui, lorsque la neige recouvre encore les pierres du plateau, guette le premier souffle de vie, le premier battement d’aile, comme autant de signes du renouveau. Il s’appelle Christian.

Christian est né ici. Le Causse est son pays, c’est aussi toute sa vie. Accroché à son île aussi solidement que les rocs qui la soutiennent et qui surplombent les gorges que deux rivières presque jumelles ont mis toutes leurs forces à entailler, le berger solitaire ancré à sa terre natale a pourtant un jour, lui aussi, traversé la grande bleue l’espace de quelques saisons. Il n’avait rien demandé. On lui a dit :

– C’est pour défendre ton pays.

Il savait avant de partir qu’il n’y avait rien à défendre dans cette histoire si ce n’était une idée de prestige colonial, chose qui ne le concernait pas. Obliger un peuple à se soumettre n’était pas dans sa philosophie. Mais il n’a pas eu le choix. On lui a donné des armes et mis sur la tête une antenne. Radio ! Ce n’était pas la meilleure place (mais y en avait-il une dans cette sale guerre qui de longues années durant n’a pas voulu dire son nom ?). Bien souvent c’est sa propre vie qui n’a tenu qu’à un fil, comme cette fois où les antennes de son matériel furent prises pour cibles et sectionnées au-dessus de sa tête par des tirs ennemis. Et puis, il y eut les camarades tués dans une embuscade et cet autre balayé par une rafale tout juste à ses côtés. Avec la mort de ses compagnons d’armes, avec les horreurs commises de part et d’autre révélant à son cœur non-violent autant de barbarie, c’est une partie de lui qui a foutu le camp. Il y eut pourtant sur cette terre qui ressemblait un peu à la sienne, des rencontres, de belles rencontres. Des échanges avec les berges kabyles. Intenses. Hors du temps et de la guerre qui ne pardonnait ni d’un côté, ni de l’autre. Ils avaient en commun leur attachement à la Terre dans son intégralité. Ils échangeaient des points de vue sur leurs pratiques agricoles, et le respect mutuel s’établissait sans faux-semblant. Quand les armes se sont tues, Christian a su qu’il n’y aurait que son Causse pour remettre un peu de paix à son cœur et dans sa tête, pour estomper les images et les cris, pour repousser la mort. Celle de ses amis et celle d’hommes qui n’étaient même pas ses ennemis. A son retour il a dit :

– Je serai berger.

Fleurs d’étoiles- p.22

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La guerre bousille les hommes. Aujourd’hui sur notre sol la barbarie aveugle bousille aussi des femmes, des enfants, des adolescents. Puissent-ils trouver dans la réconciliation avec la nature la paix et la sérénité !

Oubliés la foule, les grands rassemblements, oubliées les diffusions médiatiques qui incitent constamment à la peur et attisent la haine et la violence. Il est temps de passer à autre chose. Revenir aux sources. Revenir à l’humain. Revenir à la beauté des choses.

Combien ont-ils été de soldats bousillés par la (les) guerre(s) ! Beaucoup d’entre eux ont pu se reconstruire un équilibre avec le retour à une vie simple et naturelle.

La force de l’écologie c’est autre chose qu’un mouvement politique qui, hélas, pas plus que les autres, n’est véritablement capable de sortir le pays du marasme où les enjeux politico-financiers l’ont jeté.

L’écologie c’est bien autre chose. C’est mettre l’homme et la nature en harmonie. Ce n’est pas un parti politique qui doit s’attacher à cela. C’est à tous les partis politiques de réaliser que l’on se doit de redonner une dignité et une place à l’homme dans la nature, à moins que ce ne soit le contraire. Redonner à la nature la dignité et la place qu’est la sienne dans notre vie.

Je ne me pose pas en donneuse de leçon. A travers mon ouvrage, par mon écriture, c’est toujours cela que j’ai souhaité faire passer. « C’est un roman » ? question couramment posée. Certes, c’est un roman mais cependant bien plus que cela pour les lecteurs attentifs.

Ce serait le « pays des Bisounours » mon histoire d’extra-terrestre tombée sur le Méjan ? Oh et puis la poésie même en prose c’est affaire de doux-rêveurs ? ah oui, sans doute. Mais j’aime encore mieux être du côté de la poésie que du côté de la barbarie ou de l’ignominie, l’hypocrisie que sais-je encore ….

Voilà pêle-mêle des réflexions que je n’ai pas l’habitude de livrer ici. Mais devant ce qui se passe aujourd’hui je me sens démunie, impuissante. Alors si quelques brins de pensée positive, si quelques mots alignés peuvent donner un peu plus de lumière et de sérénité, prenez ici ce qui vous fait plaisir.

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