A la belle étoile

La voyageuse passa sa deuxième nuit encore, à la belle étoile, selon l’expression apprise du berger.

Elle avisa, dans le fond d’une cuvette de forme arrondie de celles que l’on appelle ici dolines, un emplacement qu’elle pensa suffisamment abrité. Elle étala sa natte de toile sous quelques arbustes touffus, qui s’avérèrent hélas, peu hospitaliers avec leurs branches garnies de fines aiguilles très piquantes, et pas vraiment efficaces pour la protéger du froid.

A cette saison où la nature commençait tout juste à montrer quelques signes de renaissance, les longs gémissements du vent faisaient encore frissonner les Caussenards pourtant endurcis au climat rigoureux de leur rude terre. Ils se calfeutraient le soir, dans les hautes maisons de pierres que le feu qui dansait dans l’âtre ne réchauffait que partiellement. Les cheminées laissaient alors échapper une fumée qui montait, bien au delà des toits de lauzes, rejoindre les nuages.

On était ici au pays où les vents luttent souvent avec violence. Eole, leur maître, ne savait pas toujours leur faire entendre raison et avait fini par les laisser régler leurs comptes entre eux. Alors, tous, ils s’acharnaient sur ces plateaux dénudés pour déterminer celui qui obtiendrait la suprématie sur les autres. Les plissements, peu accentués, ne leur imposaient guère de résistance. Ils leur permettaient même de se laisser porter jusqu’aux sommets arrondis pour s’y déployer et retomber avec plus de force sur l’autre versant. Alors, dévalant toujours plus vite, toujours plus fort, ces courants impitoyables balayaient toute la steppe de leur souffle puissant. Ils parcouraient les chaos rocheux qu’ils emplissaient de rugissements semblables à des plaintes de bêtes fauves jusqu’à ce que le plus fort d’entre eux parvienne enfin, au prix d’un assaut sans merci, à s’imposer. Mais la lutte ne cessait pas pour autant, et le vainqueur n’allait pas tarder à être détrôné à son tour par un rival déboulant d’un autre point cardinal. Le dernier qui prenait la place mettait alors toute son ardeur pour conserver l’avantage et régner sans partage sur ce pauvre pays qui n’avait d’autre choix que de courber l’échine pour s’adapter aux caprices du temps.

©Fleurs d’étoiles. extrait. p.57 à 59

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