Tandis que le père finissait de vérifier le chargement, la mère et les deux plus jeunes enfants s’installèrent dans le véhicule. Lui, l’enfant au cœur sensible, l’enfant au cœur tendre, l’enfant au sourire d’ange s’avança vers l’arbre. Il posa son front et appuya longuement sa poitrine contre le tronc, tout en essayant de l’enserrer de ses petits bras. Ne faisant ainsi plus qu’un avec le centenaire, il écouta battre son cœur contre l’écorce grise et entendit résonner dans un même sursaut le cœur de l’arbre ami. Les feuilles bruissèrent doucement. Le garçonnet laissa échapper un soupir. À cet instant, dans un même élan, l’arbre et l’enfant venaient de se faire l’un à l’autre un serment inaudible et secret.
Les yeux remplis de larmes, le jeune garçon dut pourtant se résoudre. Il desserra son étreinte. Les larmes roulèrent sur ses joues et c’est le cœur bien lourd qu’il grimpa dans le véhicule.
Quand celui-ci démarra, c’est sans un regard en arrière qu’il se laissa emporter. Les images qu’il voulait préserver, les petites flaques de bonheur, il les avait, imprégnées dans son cœur. Indélébiles.
La voiture franchit la petite barrière en bois et s’engagea sur la route. Une route qui ramenait la famille vers l’Est, tout là-haut dans le petit village enserré de collines, qui venait de subir les assauts d’une armée étrangère maintenant prête à s’emparer du pays tout entier avec la complicité d’un chef d’état qui voulait faire croire aux Français que le pays était sauf.

Ce matin-là, les oiseaux ne chantaient pas.

Le tilleul, une fois encore, se retrouvait seul. Sa frondaison était nappée d’une écharpe grise qui cachait obstinément le soleil. Les branches les plus basses laissaient choir sur l’herbe tendre des larmes de rosée, des perles de tristesse.

Si le Theil me racontait. p.44-45

neige 2010 046

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