La magazine du Conseil Général de la Lozère du mois de juin rend hommage à Fleurs d’étoiles : une belle reconnaissance à la fois pour mon ouvrage, pour Christian et pour le Causse Méjean tout entier.

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A découvrir les premières pages de l’ouvrage :

chapitre 1 :  Sur le Causse

            La journée tire à sa fin. Le soleil qui a laissé traîner ses rayons plus longtemps sur les versants et sur le plateau, laisse espérer qu’avril, maintenant bien entamé, tournera bien vite au calendrier la page de l’hiver.

            Sous le ciel brunissant qui commence à se piquer d’étoiles, le Causse offre ses douces ondulations à la lune, toute en rondeur, qui vient d’escalader la colline et prend lentement, comme un phare, sa place au-dessus de cette île qui depuis longtemps ne connaît plus le bruit de l’océan. Après avoir pendant des siècles recouvert l’endroit de ses eaux, celui-ci a laissé les traces de son passage dans les profondeurs de la roche formant aujourd’hui le sol steppique du plateau. Quand il s’est retiré, les poissons sont devenus pierres, imprimant pour l’éternité leurs lignes de vie, arêtes ou écailles. Les coquillages aussi se sont figés et leur âge, inscrit dans les cercles immuables, n’a plus aujourd’hui d’importance que pour les spécialistes traquant dans les strates accumulées les témoignages muets de ces ères antédiluviennes. Sur l’île oubliée des flots, le vent continue pourtant d’agiter des vagues silencieuses. Vagues de stipes sauvages qui ondulent en épousant le relief, déployant à l’envi leurs graciles plumets scintillants et soyeux. Ce sont aussi selon la saison, des vagues vertes, des vagues blondes, vagues de blé qui pour se préserver du vent s’abrite au fond des dolines, ces petites plages circulaires ponctuant le plateau et résultant de son effondrement. L’herbe quant à elle, pour échapper à ses ardeurs, s’est faite rase laissant le minéral s’imposer et donner à la terre l’allure d’un vaste champ de pierres. Elle ne laisse pas pour autant sa place et se décline dans des variétés insoupçonnables que le commun des mortels est bien trop souvent tenté de qualifier de mauvaises. A tort, car sur cette terre rude, aucune espèce, autant végétale qu’animale ne saurait être inutile, toutes ayant, dans la chaîne de la vie et dans l’équilibre de l’écosystème, leur place unique et indispensable.

        …

         La lune a quitté son habit de lumière dorée et s’est vêtue de transparence. Elle semble avoir suspendu sa course pour se faire, gardienne bienveillante de cette mer de la Tranquillité déserte et silencieuse. La quiétude pourtant cède sa place. Des voix s’élèvent, l’une après l’autre. Depuis le sol où elles prennent leur inspiration, elles montent et glissent, d’abord timides, le long des talus, s’immiscent entre les taillis, puis s’enhardissent et s’accrochent aux pierres sorties des entrailles de la terre. Elles se cherchent, s’accordent, se répondent. Peu à peu le concert prend forme. Ici. Là. Plus haut. Plus bas. Mais où donc se cachent les musiciens ? Où donc se trouve le piédestal sur lequel le chef d’orchestre a pris place? Est-il perché tout là-haut sur la colline ? Est-il installé sur un de ces clapas, ces pierres que les hommes ont sorties de la terre et rassemblées en tas pour rendre les champs plus faciles à cultiver ? Si le récital semble à la fois improvisé et sans cohésion spatiale, il n’en est pas moins une mélodie aux accords parfaits, synchronisés, au tempo syncopé comme réglé par un métronome. Le chœur peu à peu se met en place tel un orchestre symphonique dans une fosse d’opéra et la mélodie se joue en simultané sur les deux versants de la colline. Aucun doute possible sur l’identité des interprètes : les œdicnèmes sont de retour. Leurs chants flûtés emplissent l’éther de leurs notes brèves et saccadées dans un écho ininterrompu déjouant même l’oreille la plus habituée, qui jamais ne parvient à localiser ces petits fantômes bavards tapis sur le sol caillouteux de la steppe. Les concertistes sont néanmoins loin d’être au complet. Il faudra attendre encore quelques jours pour cela.

           Plus près du village, une autre note s’impose à son tour, monocorde, grinçante comme la plainte d’une poulie mal graissée. Qui donc à cette heure s’active encore ? Depuis un promontoire discret, le petit-duc, solitaire, s’est à son tour décidé. Sa note, unique, se répète inlassablement. Elle s’intercale, bien cadencée, entre celles des musiciens fantômes. C’est le hasard ici qui se fait chef d’orchestre, car l’oiseau esseulé n’en a probablement que faire des appels à l’amour de ceux que l’on nomme ailleurs courlis de terre. Mais cela dure, chacun cherchant sa place dans ce prélude printanier où la survie de l’espèce dépend de l’énergie mise en œuvre pour s’imposer. Sans instrument, avec le seul avantage de leurs petites gorges, les oiseaux font de l’art musical le catalyseur de leurs amours en même temps qu’ils offrent au monde animal un peu de fraîcheur et de légèreté, donnant en prime du plaisir à celui que l’on dit le plus évolué de l’espèce, à savoir l’homme.

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chapitre 2 : Christian

       La soirée est fraîche. Le village peu à peu se laisse envelopper par l’obscurité. Accrochées à la toile céleste qui a pris sa teinte nocturne, les astres scintillent maintenant par milliers. Leur lumière vacille et tremble sous le froid encore vif. Petites lueurs en goguette, petites étoiles s’inventant des danses pour se réchauffer. Ne dit-on pas qu’elles chantent aussi ? Alors, lorsque curieux ou amoureux, les terriens parcourent le ciel des yeux, à la recherche d’un chemin, d’une réponse, à la recherche d’une évasion fugace et infinie en même temps, ils sont pris par la magie d’un ballet dont la musique silencieuse s’impose parfois jusqu’à toucher leur cœur. Il en est des trésors du ciel comme de ceux de la terre. Pour les découvrir il suffit de savoir regarder, de savoir écouter et se laisser aller.

         Une de ces lanternes célestes se distingue nettement des autres. Plus proche, plus posée, distillant sa lumière claire et limpide, se moquant de l’agitation de ses sœurs plus lointaines. On la croirait immobile. Elle est la première à se montrer quand le soir laisse tomber son voile et parfois la dernière à disparaître quand le matin a déjà fait pâlir une à une, toutes les ballerines nocturnes. Une particularité qu’elle doit à l’inclinaison de son orbite par rapport au soleil. C’est ce qu’expliquent les spécialistes.

          Vénus, étoile du soir. Vénus, étoile du matin.

         Christian la connaît bien. Vénus est un peu son étoile, et sans conteste, sa préférée. Il sait bien, lui qui connaît tous les secrets des oiseaux, des fleurs, de la Terre et des astres, qu’elle n’a d’étoile que le nom. Mais, lorsque ses amis insistent pour la désigner comme l’étoile du berger considérant sans doute que cette planète pouvait lui appartenir à part entière, alors il dit comme eux, par complaisance, peut-être aussi avec un petit brin de fierté que personne ne songerait à lui reprocher. Vénus est celle qui se lève pour saluer son retour de la montagne. Elle est celle qui l’accueille encore le matin, quand il descend à la bergerie. Alors, le berger se surprend parfois à penser que la planète-étoile veille sur lui comme aurait pu le faire l’épouse discrète et attentive qu’il n’a jamais eue.

         Christian n’est pas le premier pâtre à manifester pour elle autant d’affection. C’est une histoire de fidélité se transmettant de génération en génération de bergers, une histoire de lien existant depuis la nuit des temps, les étoiles étant pour ces hommes épris de leur troupeau et de tout ce qui fait la Terre, les seules compagnes du soir et de la nuit, et Vénus en maîtresse de ballet, la plus désirable de toutes.

          Ce soir, Vénus est bien présente. Elle accompagne la lune dans sa course, suspendue à elle par un fil invisible. Petite pièce inférieure d’un mobile à deux pièces, elle met tout son courage pour briller avec le même enthousiasme que sa demi-sœur. Elle n’a pas l’intention d’être laissée pour compte !

        Pour le berger, la journée de labeur est terminée. Le troupeau est à l’abri dans la bergerie installée en contrebas du village. Cette grande bâtisse de facture récente a remplacé les bâtiments aux voûtes de pierres, trop vétustes avec le développement du troupeau. Les bêtes y sont plus à l’aise. Avec sa grange attenante permettant une distribution aisée de la nourriture, le travail y est aussi facilité. Le berger a loué cette évolution, et éprouve de la reconnaissance envers ses patrons qui, malgré leur âge avancé, ont su maintenir le troupeau en s’adaptant au progrès. Si Christian n’est pas propriétaire du troupeau, il a la toute confiance de ceux qui lui ont alloué la marche de leur exploitation quand il est revenu, bousillé, au pays. Alors moralement, le troupeau est sien et il en prend soin, passionnément.

         De son pas tranquille et mesuré il gravit maintenant la ruelle pentue. La montée vers le logis est le moment pour lui de se fondre dans la nuit, d’y puiser sa fraîcheur pour s’emplir de calme et de sérénité. Tout en contemplant la coupole céleste il reste attentif aux derniers bruissements provenant de la bergerie.

       Après l’agitation générale précédant la distribution de foin, le repas qui rassasie les ventres calme aussi les ardeurs. Les bêtes s’apaisent, peu à peu, se préparant pour une nuit de sommeil. On n’entend plus que de rares bêlements ponctués de temps à autre, par le tintement d’une clarine accompagnant le mouvement d’une brebis cherchant sa place parmi ses congénères déjà couchées. Le berger reconnaît la note émise, devine quelle bête s’agite encore, et de son oreille habituée, surveille les derniers remous du troupeau.

         Son chien l’accompagne sur le chemin, calant son allure sur celle de son maître. Il sait lui aussi que sa journée est terminée. Une fois repu d’une écuelle de soupe épaissie de pain, il ira retrouver la paille fraîche de sa niche sous l’escalier de la maison. Il n’en demande pas davantage.

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Fleurs d’étoiles-©octobre 2012- Solange Tellier – Tous droits réservés-
141 pages – photos et illustrations de l’auteur- 4 poèsies – couverture d’Ansatu Schlumberger- 2ième tirage mai 2013 : ISBN 978-2-9543089-0-6

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Dédicaces à Florac et Meyrueis en juillet – voir lien Conseil général –

 

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Pour la Lozère, l’ouvrage est actuellement en vente à la Maison de la Presse Bonnal à Florac ainsi qu’à la librairie Rallier de Meyrueis.

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