Qu’elle est bien belle cette petite chapelle de Rauzet, qui n’a plus rien d’une chapelle puisqu’elle est aujourd’hui désacralisée (je ne sais pas si c’est la détermination exacte). Toujours est-il que dès mon arrivée j’y ai ressenti quelques ondes. Quelques bonnes ondes oui, ou tout au moins, beaucoup de sérénité. Les moines avaient cette faculté naturelle (ou plus exactement divine) de trouver les lieux porteurs d’une grandeur particulière. J’aime ces endroits,  surtout quand ils sont oubliés, isolés, secrets.

Je me suis donc installée au fond de la chapelle Nous étions peu nombreux à l’intérieur. Le gros des troupes (fleuristes, horticulteurs …) ayant pris place à l’extérieur.

Beaucoup de monde a défilé tout au long de la journée.  Discuté pas mal. Dédicacé un peu. Et  pourtant il a fallu que ce jour-là deux rencontres me troublent au plus haut point.

La première fut celle avec un jeune paysagiste qui consulte mon Fleurs d’étoiles, regarde la quatrième de couverture et me dise :

« Mais le Causse Méjean je le connais. J’ai été garde du parc national »

Alors s’il connaît le Méjean il connaît Christian.

Et nous voilà partis à discuter sur ce Causse, sur ce berger qu’il connaît, sur d’autres personnes ayant participé à la réintroduction des vautours dans le cadre du FIR auquel j’adhérais également.

Non vraiment, une telle rencontre dans ce tout petit village ! Rencontrer quelqu’un qui connaisse si bien le Causse et Christian tenait de l’improbable !

Ce fut un premier moment d’émotion qui ne tarda pas à être suivi par un deuxième tout autant, si ce n’est plus encore, improbable.

Une rencontre qui m’a troublée et terriblement émue.

Un homme (bel homme ma foi ! eh, on peut le dire tout de même ! ) entre dans la chapelle. Il  fait le tour de l’endroit d’un rapide coup d’oeil, et  se dirige tout de go vers la table où je suis installée avec mes livres et mes poèmes. Le Theil l’interpelle en premier.

« Le Theil c’est le tilleul » me dit-il avec un sourire.

Rares sont les personnes qui le savent. Et il poursuit :

« Chez moi on ne dit pas le Theil mais le Thil ».

Bien sûr ! Bien sûr !

Je souffle seulement :

« Thonne le Thil, peut-être ».

Parmi toutes les recherches que j’ai pu faire concernant l’étymologie de tilleul dans la toponymie je n’ai pas trouvé tant de « thil » que cela. Thonne le Thil fut donc le premier qui me vint à l’esprit.

Je ne vous dis pas la surprise de mon visiteur. Thonne le Thil, minuscule village du canton de Montmédy, à deux encablures d’Avioth et d’un autre tout petit village cher à mon coeur, à l’autre bout de la France !

Et nous voilà partis à discuter de sa région, de sa grand-mère née à Thonne le Thil, de Stenay où lui-même est né. De Montmédy et sa belle citadelle et je ne sais plus encore tellement j’étais gagnée par l’émotion. Il a acheté le Theil et je lui ai offert les poèmes de Catherine. Et je l’ai aperçu avant qu’il ne sorte plongé dans la lecture de mes poèmes.

Oui, vraiment la petite chapelle de Rauzet avait ce jour-là quelque chose de magique.

Dans ce que mon collègue Claude Richon m’avait raconté dès mon arrivée autre chose m’avait interpellée, mais celle-ci n’avait rien pour me plaire, bien au contraire. On  ne peut pas non plus s’accrocher à tous ces signes du hasard, j’espère que concernant le premier événement il ne sera qu’un intrus sans suite et qu’il n’aura rien de prémonitoire parmi les deux autres qui m’ont tellement remplie de bonheur.

J’espère bien retourner un jour à Rauzet pour que mes deux rencontres de l’après-midi emplissent à  nouveau mon âme d’ondes bienfaisantes.

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