Le reste du temps, le tilleul autant que la maisonnette devaient se contenter de la solitude. Celle-ci se faisait un peu moins pesante lorsque la belle saison revenait. Tout un petit monde animal, profitant du calme environnant avait pris ses habitudes dans chaque fourche du tilleul, faisant de chaque recoin un petit espace plein de vie. Lorsque chacun sortait, à son tour, de son sommeil hivernal, l’arbre retrouvait en même temps que ses couleurs printanières, les batifolages de ses habitants qui lui inspiraient tous, la même affection. Il y avait les turbulents comme les écureuils souvent de sortie, et ceux qui menaient discrètement leur vie intime ou familiale comme ce couple de pigeons ramiers que l’on ne devinait qu’à leurs quelques roucoulades feutrées. Il y avait les tapageurs comme les pies, et les geais irascibles continuellement en bisbille. Il y avait aussi les habitants toujours joyeux et de bon tempérament pour lesquels le tilleul avait un petit faible, comme le pinson, qui dès l’aurore lançait ses trilles sonores. Les actives mésanges, sans cesse en quête de l’insecte imprudent n’étaient généralement que de passage, quant au merle il lui arrivait de quitter le sol qu’il fouillait inlassablement, pour venir se percher et imposer, par une mélodie de sa composition, sa candidature à la très courtisée merlette.
Tous, le tilleul les aimait. Les voir vivre, les sentir si heureux dans l’espace qu’il laissait tout entier à leur disposition, était en quelque sorte, pour le vieil arbre, une consolation à la pesante solitude qui ressemblait tellement à un abandon. Un abandon des hommes, de plus en plus préoccupés par un monde en marche vers un autre monde.

Si le Theil me racontait. Extrait.©Solange Tellier. Editions Les  Encres.
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