Elle est entrée, toute menue. Toute coquette. Je suis allée vers elle et lui ai serré la main. J’étais venue pour faire un peu de lecture aux personnes âgées. Leur raconter mon Theil et parler avec elles du temps où les femmes se tenaient sous le tilleul pendant que leurs hommes étaient dans les champs. Pour leur parler de mes réfugiés de Lorraine et de mes parachutistes américains. Et puis pour raconter Jupiter et Mercure et leur rencontre avec Beaucis et Philémon.
La petite dame s’est présentée : Madame Boujut. « Mon mari aussi écrivait » m’ a-t-elle confié sans prétention aucune. Ô que oui ! Son mari écrivait ! Pierre Boujut, fondateur de la revue « La Tour de Feu ». Poète et tonnelier, ou vice-versa. Ami des plus grands : André Breton, Claude Roy, Roman Rolland, Georges Duhamel et tant d’autres que je ne saurais citer. Pacifiste et libertaire, sa plume épousait quelques principes du mouvement surréaliste mais il n’en était pas pour autant devenu prétentieux. A Jarnac on peut encore toucher du doigt son univers en flânant du côté du n° 11, rue Laporte Bisquit où le poète officiait aussi en sa qualité marchand de fer et futaille.
Et puis il y eut Michel aussi, son fils. Disparu récemment. Ecrivain également et chroniqueur de cinéma. Je n’ai pas eu le temps de lui demander une dédicace pour son dernier ouvrage « Le jour où Gary Cooper est mort » paru quelques jours avant sa mort.
Alors ce soir, ma rencontre avec Simone, l’épouse, la mère de ces deux grands de l’écriture, toute petite, toute menue, toute simple a été pour moi un moment très touchant, très précieux.
Etait-ce l’effet du lieu ? la chapelle désaffectée de la maison de retraite. Etait-ce ce petit air de printemps qui entrait par la grande baie vitrée ? était-ce tout simplement l’effet du tilleul de Theil ? Toujours est-il que ce moment de lecture, cette rencontre avec madame Boujut et quelques autres résidents, comme ce couple qui me rappelait que j’avais fait pour eux un article dans la presse au sujet de leur noce d’argent a été un moment très fort. Tous, ou plus exactement toutes car ces dames étaient en majorité, m’ont semblé adhérer à la magie du tilleul. J’ai vu des sourires. L’échange questions-réponses était intéressant. Un peu ma vie, le livre aussi et sa publication.
« Pourquoi êtes-vous venue aujourd’hui dans notre maison de retraite pour présenter votre livre ? » Eh, bien au final, voir le plaisir de ces personnes m’a bien fait chaud au cœur, et je me dis que si mon petit ouvrage peut aussi servir à ça eh bien je n’ai pas écrit pour rien.
Mon intervention s’est poursuivie avec la dégustation d’une infusion de tilleul. Et puis c’était l’heure de passer à autre chose. Les personnes âgées comme les enfants ont du mal à soutenir trop longtemps leur attention. L’heure de dire au-revoir.

Madame Boujut quant à elle n’avait qu’une crainte.  Que je reparte sans avoir eu le temps de lui signer une dédicace. Elle ne pouvait supposer l’ honneur qu’elle me faisait alors.

Pour en savoir davantage sur le poète Pierre Boujut :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Boujut

et aussi un très bel article aussi en hommage au fils et au père sur le blog saintais de la journaliste Nicole Bertin :

http://nicolebertin.blogspot.com/2011/06/le-journaliste-michel-boujut-rejoint.html

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