Entre ciel et terre, entre plaine et colline, entre deux mondes, il s’offre, refuge bienveillant, aux oiseaux, aux écureuils, à toutes les bêtes insouciantes qui égaient de leurs batifolages ce petit coin de paradis devenu le sien il y a tellement longtemps, que ce jour s’est effacé de la mémoire des hommes.
Aucun d’entre eux n’est aujourd’hui en mesure de dire, depuis quand ce géant élève au ciel ses grands bras, chargés au printemps de petites feuilles vert pâle, et parés en été d’une multitude de fleurs odorantes.
Pour sûr, il en a vu passer des saisons ! Un premier hiver a suivi l’automne qui avait enfoui la petite graine ailée portée par le vent. Puis d’autres automnes sont venus, succédant aux printemps et aux étés. Entre-temps, le tilleul, de sauvage qu’il était à sa naissance, s’était rapproché des hommes qui ont pu le voir s’élever plus haut, toujours plus haut. Bien planté sur son tronc solide et droit, l’arbre caresse aujourd’hui de ses longues branches, les tuiles moussues de la petite maison aux volets verts avec laquelle il partage les lieux. Près d’elle, en ce pays où les châtaigniers marquent chaque saison de leur empreinte, où les chênes n’ont pas réussi à s’imposer, le tilleul est devenu roi. Roi dans son jardin, roi dans son village qui l’a adopté à moins que ce ne soit le contraire, puisque c’est lui, le village qui a emprunté son nom : Theil.

©Si le Theil me racontait.Extrait. p.11  Solange Tellier – Editions les2encres-

Publicités