Je vous propose aujourd’hui de découvrir un extrait de l’ouvrage. Il s’agit du début du chapitre 8

Les volets de la fermette s’ouvrirent invitant le soleil à entrer .
Et Elle, la petite, s’installa.
Sans perdre de temps, elle astiqua avec soin le petit logis. S’activa à redonner de la couleur aux huisseries . Elle choisit, pour égayer la façade, de peindre en vert les volets, un vert tendre comme celui de la face cachée des feuilles de l’arbre, une de ces couleurs douces tout en harmonie avec les pierres blanches de la maison, qui sous le soleil estival, semblait retrouver elle aussi une nouvelle jeunesse. Elle accrocha des rideaux aux fenêtres. Elle fit apporter quelques meubles et quelques cartons remplis d’objets utiles.

Elle préféra pourtant, aussitôt son installation terminée, passer ses journées à l’extérieur, sous le tilleul, plutôt que rester dans la fraîche maisonnette. Cet arbre lui plaisait. Elle aimait ce tronc puissant et ces branches touffues qui étalaient sur l’herbe du jardin leur ombre légère, laissant tout juste passer, entre les petites feuilles, une lumière diffuse. Elle avait cherché dans une encyclopédie et trouvé que le tilleul était de variété cordata, ce qui indiquait que son origine était probablement sauvage. Les petits bouquets aux étamines gorgées de pollen diffusaient en cette belle journée, des effluves douces et pourtant pénétrantes. Une odeur envoûtante, qui dit-on, avait le même pouvoir apaisant que la tisane infusée. Une odeur toute de sucre et de miel. D’ailleurs les abeilles ne s’y trompaient point, qui par milliers venaient faire provision de nectar.
L’été était bien là, et il prenait pour le vieux solitaire une allure différente de celle des autres étés.

La jeune fille aimait s’adosser contre l’écorce rugueuse du tronc centenaire. Elle laissait divaguer ses pensées, au gré des odeurs, au gré des saveurs distillées par le soleil. Elle allait de sensations en sensations, de découvertes en découvertes. Elle puisait sans le savoir, dans l’essence même de l’arbre, la force de tous ceux qui avaient gravé ici une parcelle de leur vie. Invisibles à ses yeux et pour la plupart inconnus à son cœur, tous ces passants avaient laissé à jamais l’empreinte d’un morceau de leur vie dans les fibres végétales qui s’étirent un peu plus chaque année, dans le souffle du vent qui caresse le houppier , dans la chaleur du soleil qui fait bourdonner les insectes et chanter les oiseaux, et dans la mémoire de tout ce qui, à chaque saison, à chaque jour qui passe, se perpétue en ce lieu unique.

Contre l’arbre silencieux, il arrivait parfois à la jeune fille, de percevoir des murmures. Des murmures d’âmes.

Si le Theil me racontait- Solange Tellier- extrait-Tous droits réservés pour tous pays – Dépôt légal : mai 2011 – ISBN : 978-2-35168-391-0
© Editions les 2 Encres
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