Dès l’aube des temps les civilisations ont donné à l’arbre une place prépondérante dans leur vie religieuse ou sociétale. Aujourd’hui encore, des peuples évoluant en  harmonie avec la nature, soutiennent l’idée que les arbres possèdent une âme qui leur permettrait de transmettre aux hommes attentifs et réceptifs, une énergie bienfaisante. Notre société matérialiste nous a fait oublier cela. Pourtant qui de nous n’a jamais ressenti cette impression troublante de paix intérieure retrouvée,  à fréquenter ces êtres de bois et de feuilles ? Les arbres qui, comme tout être vivant, naissent, croissent et meurent seraient-il aussi de la même manière doués d’intelligence et de cœur .

Arbre sacré dans l’Antiquité, et bien plus tard, Arbre de la Révolution, le tilleul est un modèle de beauté et de douceur. C’est la forme latine tilia qui a donné, theil, son appellation en vieux français, transformée par la suite en tilleul.

Le theil de l’histoire habite un village qui porte son nom. Les hommes ont oublié d’où il venait. Lui il se souvient. Sa mémoire s’est inscrite au fil des années dans les cercles de sa vie et quand le souffle du vent agite au printemps ses feuilles tendres, ce sont des murmures d’âmes qui se réveillent et emplissent l’air de leurs confidences secrètes. Depuis plus de cent ans il veille sur la maisonnette aux volets verts. Un jour, une jeune fille arrive. Les fils se dénouent, des liens invisibles se dévoilent et se tissent faisant fi de l’espace et du temps.

En recueillant les témoignages de personnes qui ont vécu près de lui,  l’auteure  rend hommage au vénérable centenaire à travers un conte poétique où le réel se mêle à l’imaginaire.

« Si le Theil me racontait » : un récit pour rêver, pour s’évader, à lire … à l’ombre d’un tilleul.

Préface

Entre ciel et terre, entre plaine et colline, entre deux mondes, il s’offre, refuge bienveillant, aux oiseaux, aux écureuils, à toutes les bêtes insouciantes qui égaient de leurs batifolages ce petit coin de paradis devenu le sien il y a tellement longtemps, que ce  jour s’est effacé de la mémoire des hommes.

Aucun d’entre eux n’est aujourd’hui en mesure de dire, depuis quand  ce géant  élève au ciel ses grands bras, chargés au printemps de petites feuilles vert pâle, et parés en été d’une multitude de fleurs odorantes.

Pour sûr,  il en a vu passer des saisons ! Un premier hiver a suivi  l’automne qui avait enfoui la petite graine ailée portée par le vent. Puis d’autres automnes sont venus, succédant aux printemps et aux étés. Entre-temps, le tilleul, de sauvage qu’il était à sa naissance, s’était rapproché des hommes qui ont pu le voir s’élever plus haut, toujours plus haut. Bien planté sur son tronc solide et droit, l’arbre caresse aujourd’hui de ses longues branches, les tuiles moussues de la petite maison aux volets verts avec laquelle il partage les lieux. Près d’elle, en ce pays où les châtaigniers marquent chaque saison de leur empreinte, où les chênes n’ont pas réussi à s’imposer, le tilleul est devenu roi. Roi dans son jardin, roi dans son village qui l’a adopté à moins que ce ne soit le contraire, puisque c’est lui, le  village  qui a emprunté son nom : Theil.

 

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