Impression curieuse que celle de passer de « l’autre côté de la barrière » en répondant cet après-midi aux questions de Benoît,   journaliste de Charente Libre venu m’interroger sur la parution de mon ouvrage.

Entrevue sympathique autour d’un café ( je n’ai pas osé proposer la tisane aux fleurs de tilleul) et de quelques cornuelles, ce qui m’a rappelé l’époque de mon petit salon sur un de mes premiers blogs. Les fidèles parmi les plus anciens sauront de quoi je parle.

 Toujours est-il qu’entre autres questions, celle de la naissance du Theil m’a laissée quelque peu dans l’embarras. Ce roman, dans lequel le tilleul fait le tour de sa mémoire, n’est pas né en un jour. Il a longuement mûri, s’est imprégné de plein de faits, de ressentis, qui ont fait cheminer mon imagination jusqu’au travail abouti de l’écriture.  J’ai donc dû réfléchir pour répondre à la question et me suis finalement souvenue d’un concours photos organisé par le conseil général des Deux-Sèvres pour recenser les arbres remarquables. Le dossier se devait d’être argumenté et la question de Benoît m’a rappelé que  j’avais gardé dans mes tiroirs le petit dossier du concours.

Après le départ de Benoît, j’ai donc pris le temps de chercher et j’ai retrouvé ce feuillet de quatre pages que j’avais intitulé : Au pays des châtaigniers un tilleul aimerait bien être roi.

Mon tilleul hélas n’a pas été roi au pays des arbres remarquables. Le premier concours est resté sans suite. Le CG a dû réitérer quelques années plus tard mais je n’ai pas su et par conséquent je n’ai pas fait postuler mon tilleul. Un ouvrage a été publié. Un autre tilleul a été répertorié mais le mien n’ayant pas postulé est resté dans l’anonymat.

Est-ce cette envie de lui rendre un hommage d’une façon différente qui m’a poussée alors à reprendre la plume ?  Est-ce la publication d’un article sur cet aviateur américain qui avait trouvé refuge dans la petite maison  qui a réveillé le tilleul qui sommeillait en moi ? Est-ce la remarque de ma fille, encore petite, qui avait repéré dans le tronc « une drôle de tête » ? …  Non, l’écriture d’un livre ne tient pas un seul événement, à une seule chose. Un roman comme une toile se tisse (ou se peint) au fil des jours, des mois, au fil des émotions, des ressentis, au fil d’événements qui se superposent ou que l’on met bout à bout … tandis que des choses plus intimes , plus personnelles s’invitent dans le fleuve des mots,  car même s’il ne s’agit pas d’une autobiographie, un roman garde toujours caché entre les lignes quelques bribes secrètes de de la vie de l’auteur, quelques fils inconscients retenus dans la mémoire des sentiments, des émotions. J’écrivais sur une autre note de ce blog : est-ce lui, est-ce moi ?

Non, décidément pas facile de dire quel jour mon theil est né. Et finalement, là voilà, la question originelle qui a m’a fait écrire ce roman. La question que tout le monde se pose à son sujet : Mais quand a-t-il été planté ? mais qui l’a planté ? Personne n’a jamais su me répondre …

Le tilleul lui se souvient. Il se souvient du jour, il se souvient de la personne . Et c’est là tout le début de l’histoire.

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